Clifford the Big Red Dog conçoit son chien numérique comme un alter ego de la petite Emily, tous deux marginalisés en raison de leurs différences et subissant un harcèlement qui s’estompera par la réunion de leurs forces et solidarités. Pour les accompagner, un oncle gaffeur mais gentil, une maman débordée mais aimante, un vendeur mystérieux mais mystérieux… Rien ne surprend jamais, et la métamorphose de l’animal par l’agrandissement démesuré de ses proportions ne constitue jamais un élément d’étonnement : quelques cris brefs, et tout continue comme si de rien n’était sans que la mise en scène ne s’en empare comme un défi de perspectives et de proportions à relever. Notons au passage que la taille de la bête ne cesse de fluctuer en fonction des besoins des scènes. En cela, même la séquence de course dans le parc, amusante, durant laquelle Clifford joue au football avec des boules gonflables occupées par des hommes, ne perturbe pas la quiétude blasée des New-Yorkais, conformément à l’adage formulé par Casey selon lequel rien ne saurait troubler leur indifférence. Cette expérience est communicative : rien ne nous atteint hélas, faute de magie et de cinéma, et nous suivons cette fable urbaine avec distance voire lassitude.