Dernier film, après Aguirre et Fitzcarraldo, d'une trilogie informelle d'Herzog que j'appelerait en toute sobriété « Faire du cinéma, c'est trop facile, alors adaptons une histoire vraie, en costumes, et dans un endroit bien hostile, genre la jungle. Et puis avec ce taré de Klaus Kinski dans le rôle principal, histoire d'être sûr que ce soit un calvaire ».
Et si on est dans la continuité des deux autres films, Celui-ci pousse aussi les potards un peu plus loin. Parce que l'absurdité et la folie latente des personnages devient ici plus explicites. Cobra Verde est autrement moins maître de son destin que Lope de Aguirre ou Fitzgerald, ne s'élevant que pour mieux tomber, le monde lui-même est absurde (qu'il s'agisse des bourgeois esclavagistes du Brésil ou des rois africains, partout, tout est jeux de dupes), et Kinski, quand il n'est pas un corps en souffrance et ou ne prend pas des poses affectés, libère toute une rage qui demeurait enfouie chez ses précédents personnages. Mais passé ça, le film est aussi intéressant pour ce qu'il dit de l'évolution de la carrière d'Herzog.
Après celui-ci, le cinéaste va revenir au genre documentaire, et bien qu'il revendique de filmer une fable (qui nous est introduite par un barde, un aède, un griot) le fait qu'il filme ici des choses trop peu vu au cinéma (les monarchies africaines, et la part de collaboration de celle-ci à la traite négrière), et sa manière de filmer, les coupes abruptes entre les scènes, les regards caméras, tout concours à un « effet documentaire » plus fort encore que dans d'autres de ses films.
Bref, bien qu'un poil mineur vis-à-vis d'un monument comme Aguirre, La Colère de Dieu, Cobra Verde n'en est pas moins un film charnière dans la carrière de son auteur.