Cocotte
6.4
Cocotte

Film de György Pálfi (2025)

Ma première pensée va aux enfants qu’on a emmenés un après-midi ensoleillé voir Cocotte – parce que c’est une petite poule sympa sur l’affiche, parce que le titre est rigolo et parce que c’est pas un peu l’histoire de Babe mais avec un poulet ? Une pensée, donc, à tous ces enfants qui sont sortis traumatisés, en larmes, essuyant la grosse morve à bulles coulant à flot de leurs petits nez rouges sur les pantalons trop clairs de parents un brin insouciants. C’est que Cocotte n’est pas vraiment un film pour les enfants, c’est le nouveau film de Györgi Pàlfi, qui avait séché beaucoup d’entre nous avec son terrible Taxidermia, y’a tout juste 20 ans. Depuis, je dois avouer que j’ai pas trop suivi ce qu’avait fait le bonhomme, c’est donc avec beaucoup de plaisir et de curiosité que je le retrouve à la tête d’un film au concept aussi cool qu’intriguant.


Une petite poule parvient à échapper à son destin et à trouver la liberté. Du moins, succédant à un générique éprouvant à la Lord of War, la voilà partie à déambuler dans un monde qui n’est pas le sien, avec beaucoup d’ingénuité, et surtout beaucoup de chance. Grâce à la connivence chaleureuse d’un Dieu complice mais taquin, la Mort ne peut visiblement rien contre la cocotte, qui va imposer ses propres auspices. Sortie vivante de son élevage, échappant à la casserole de la femme du camionneur, glissant entre les pneus de bagnoles lancées à vive allure, puis entre les pattes d’un renard ou les mâchoires d’un gros chien, la cocotte triomphe. Elle réchappe même au feu.


Alors, que fait la poule de cette existence qui lui est offerte ? Eh bien, elle se promène dans un monde en crise qui ne la concerne pas. Elle s’intéresse plutôt à ce qu’elle picore, à ce vieux coq magnifique, qu’on devine autrefois majestueux mais qui survit là, un peu pourri, ou à celui, flambant et vaniteux, qui va le remplacer. Filmé à hauteur de gallinacé, Cocotte impressionne d’un bout à l’autre de son récit par sa mise en scène, ses cadres et sa photo. C’est d’une beauté fascinante. Le charisme de la bête est sidérant, le travail sur ses aptitudes, son caractère ou ses élégances, loin de l’anthropomorphisme, impressionne. Ce qui pêche, finalement, c’est qu’en cherchant un sens à l’errance du poulet dans les turpitudes de notre humanité, le film va un peu s’égarer. On quitte les soucis de la volaille pour nous intéresser aux tracas des humains que l’on croise. Mais c’est frustrant, parce que, ce faisant, on quitte un univers étrangement exotique pour celui, plus balisé, du polar social. Comme si le film se cherchait une morale humaniste, désirant nous glisser à l’oreille qu’il y a là-dedans un sens, une fable. Alors qu’on s’en fout un peu, en fait, l’odyssée du poulet était amplement suffisante, et son absence de sens voulait déjà dire beaucoup.


MelvinZed
6
Écrit par

Créée

le 30 juil. 2026

Critique lue 11 fois

Melvin Zed

Écrit par

Critique lue 11 fois

D'autres avis sur Cocotte

Cocotte

Cocotte

6

Cinephile-doux

le 26 mars 2026

Suivre

Roule ma poule !

Laisser les images raconter la vie d'un âne, Robert Bresson et Jerzy Skolimowski l'ont fait sans rechigner. Mais consacrer un long métrage à l'existence d'un gallinacé, cela dépasse un peu...

Cocotte

Cocotte

8

LaRouteDuCinema

le 14 juin 2026

Suivre

L'instinct maternel d'une poule

Vite, que je vous parle de ce film qui est sans doute l'un des plus réjouissants de ce premier semestre. Je m'attendais à une farce quelque peu indigeste et j'y allais un peu à reculons malgré le...

Cocotte

Cocotte

9

FloraPourcelot

le 12 juin 2026

Suivre

Une cocotte qui a du chien !

Un film d’une grande originalité. La star est une splendide poule qui n’aura pas moins de sept doublures ! Elle se promène dans la basse-cour du monde et son chemin se heurte aux divers problèmes qui...

Du même critique

La Route

La Route

6

MelvinZed

le 17 mai 2024

Suivre

Critique de La Route par Melvin Zed

Oui, bon, je vais pas dire le contraire, c'est visuellement impressionnant et certains passages sont virtuoses. Voila. Mais bon, je reste quand même un peu déçu de ma lecture de la Route de Larcenet...

The Professor and the Madman

The Professor and the Madman

6

MelvinZed

le 29 juin 2019

Suivre

Critique de The Professor and the Madman par Melvin Zed

J'ai trouvé ça vraiment chouette à suivre, déjà parce que les dialogues sont souvent bien écrits et portés par des prestations réussies. Mel Gibson joue tout en retenue, glissant parfois quelques...

The Substance

The Substance

2

MelvinZed

le 3 nov. 2024

Suivre

Critique de The Substance par Melvin Zed

Y’a un paquet de trucs qui ne vont pas dans The Substance, le premier c’est la durée. 2h20 c’est trop, surtout quand ton propos pigne pas plus loin que « je vais illustrer littéralement l’idée que...