Un film mal noté par les autres spectateurs qui pourtant a eu l'heur de beaucoup me plaire. D'abord parce que j'ai pensé d'emblée à Wind River, une référence flatteuse qui n'a pas vraiment été démentie par la suite, même si cette histoire de fraternité maudite ne se hisse pas à de semblables sommets. Malgré tout, il me faut avouer qu'il y a là un sens de la tragédie à la grecque qui me plaît beaucoup, incarné par le beau personnage d'Addison, précipité dans le crime par un atavisme familial insurmontable. Sa chute fait écho à celle de Jay, un boxeur prometteur qui s'est laissé embringuer dans des combines et sort tout juste de prison. Mais leurs dégringolades n'ont rien de semblables, même si elles sont tout aussi accidentelles et bardées de bonnes intentions contrariées. Jay refuse son destin tandis qu'Addison embrasse le sien avec résignation et panache. Deux facettes de la même fatalité, qui reflète finalement l'ambigüité de la société américaine, où l'on aime autant les héros qu'on favorise leur déchéance. Tous n'ont pas les ressources pour une rédemption réussie. Voilà les abîmes qu'explore ce film élégant, dont la fatalité est le moteur principal. Pas si mal, pour un petit polar dont l'autre atout est la distribution. Tout le monde est impeccable. Chacun des personnages est à la croisée de ses destins possibles, et doit effectuer des choix cornéliens en un battement de paupière, parfois. Bref, une intrigue plus métaphysique que policière, au final, qui me laisse une impression durable.