L'extraversion éthérée faite film

Une nuit, Brad est tiré de son sommeil pour être embarqué vers un camp de rééducation privé, à la demande de ses parents. Ils ont peut-être alors les meilleures intentions du monde, c'est vraisemblablement un déchirement pour la mère de Brad : en tout cas, ils ont abandonné. Cette dernière solution n'est pas qu'une fantaisie de cinéma, c'est le reflet direct de ces structures controversées et répandues aux Etats-Unis où l'encadrement est libre. Le résultat de cette absence de contrainte légale, nous apprends-t-on au final, est une dizaine de morts recensés officiellement.


Malgré ce postulat et le petit carton en guise de révérence, Coldwater est assez faible comme pièce à charge. Son absence d'interprétation (la notion d'orientation idéologique est à des années-lumières) en fait un programme frustrant mais contribue indirectement à la qualité du produit. Vincent Grashaw raconte l'histoire pour elle-même et surtout, formellement, touche à la grâce. La séance est un vrai plaisir visuel et sonore et garde un pouvoir d'envoûtement profond quelque soit son manichéisme, la banalité voir la vacuité de son propos.


Grashaw pose un univers, utilise les archétypes grossiers les plus adéquats et déroule la technique. Il y a un petit côté Drive, somme toute ; celui-là était alourdi par des ambitions énormes finalement effacées par le pur exercice de style – et c'était le film du génie Winding Refn entre radicalité et ouverture. Coldwater lui, ne promet jamais rien, ne conceptualise pas une seconde. Sur le fond il ne porte donc pas de signature spécifique, évoquant d'autres séances sur la désespérance ou la jeunesse sacrifiée, des choses comme Bellflower. Dans son récit modeste, tout se tient.


Revers, il est un peu trop glamour pour son sujet ; d'ailleurs, il est bien prude concernant ses personnages, victimes, bourreaux ou salauds. C'est qu'ils sont sans passé et réduits à leur fonction. Pas d'intériorité dans ce cinéma, où chaque élément est intégralement soumis à l'environnement. Tout s'assimile avec succès grâce au soin remarquable accordé à cette surface démonstrative. Coldwater est raide, creux même, mais il va au-devant de la violence pour réussir une combinaison curieuse de force et de placidité. Donnée annulant globalement son statut de plaidoyer - ou alors Mysterious Skin est une propagande contre la pédophilie. Coldwater est l'extraversion éthérée faite film, c'est son unique et inépuisable richesse.


http://zogarok.wordpress.com/2014/10/14/coldwater/
http://zogarok.wordpress.com/tag/cine-2014/

Créée

le 13 oct. 2014

Critique lue 645 fois

Zogarok

Écrit par

Critique lue 645 fois

3

D'autres avis sur Coldwater

Coldwater

Coldwater

8

GauthierM

24 critiques

Critique de Coldwater par GauthierM

Il est très difficile d'émettre une critique et encore plus une notation sur ce Coldwater venu de nulle part. Son seul sujet suffit à savoir qu'on n'aura pas à faire à un film comme les autres. Voyez...

le 25 juin 2013

Coldwater

Coldwater

8

KMP

173 critiques

Douche froide

Aller voir un film sans rien savoir du sujet, pas même le synopsis, c'est possible. Et c'est comme cela que je suis allé voir Coldwater qui était la seule nouveauté qui me tentait cette semaine. Dans...

le 14 juil. 2014

Coldwater

Coldwater

5

Thomas_le_Govic

33 critiques

Douche froide

Vincent Grashaw nous donne un film qui semblait prometteur : basé sur des faits en partis réels, un scénario réfléchi sur 18 ans, de jeunes acteurs révélés. Beaucoup de promesses. Pas beaucoup de...

le 10 juil. 2014

Du même critique

Les Couloirs du temps - Les Visiteurs II

Les Couloirs du temps - Les Visiteurs II

9

Zogarok

1640 critiques

Apocalypse Now

La suite des Visiteurs fut accouchée dans la douleur. Des fans volent des morceaux de décors, le tournage est catastrophique, l'ambiance entre Muriel Robin et le reste de l'équipe est très mauvaise...

le 29 juin 2014

Kirikou et la Sorcière

Kirikou et la Sorcière

10

Zogarok

1640 critiques

Le pacificateur

C’est la métamorphose d’un nain intrépide, héros à contre-courant demandant au méchant de l’histoire pourquoi il s’obstine à camper cette position. Né par sa propre volonté et détenant déjà l’usage...

le 11 févr. 2015

Le Conformiste

Le Conformiste

10

Zogarok

1640 critiques

Le fantôme idéaliste

Deux ans avant le scandale du Dernier Tango à Paris, Bertolucci présente son premier film majeur. Inspiré d’un roman de Moravia (auteur italien le plus fameux de son temps), Le Conformiste se...

le 4 déc. 2014