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David Mackenzie livre avec Comancheria un polar efficace et souvent captivant, porté par un rythme solide et des personnages bien dessinés. Si l'intrigue se révèle parfois prévisible, le film reste suffisamment tendu et incarné pour maintenir l'intérêt jusqu'au bout.
Son principal défaut réside dans son américanisme parfois appuyé. On y retrouve nombre de clichés du cinéma populaire américain : policiers et voleurs, cow-boys et Indiens, poursuites en voiture, fusillades et affrontements virils. Le récit fonctionne souvent sur des oppositions très marquées, héritées du western classique autant que du polar contemporain. Ce manichéisme affleure régulièrement, même si le film tente heureusement de le nuancer.
Car Comancheria a l'intelligence d'inverser les valeurs habituelles. Les braqueurs ne sont pas ici les véritables méchants de l'histoire. Ils apparaissent plutôt comme des victimes d'un système économique prédateur qui écrase les plus modestes. Les véritables voleurs sont les banques, omniprésentes dans le paysage texan, symboles d'un capitalisme qui abandonne ses laissés-pour-compte après avoir profité d'eux. Le propos est clair, peut-être même trop. Le film insiste lourdement sur cette dimension sociale, au risque de verser par moments dans un didactisme typiquement américain où le message finit par prendre le pas sur la subtilité.
Heureusement, les personnages apportent une profondeur bienvenue. Le ranger incarné par Jeff Bridges est de loin la figure la plus réussie du film. Proche de la retraite, il traverse le récit avec un humour ravageur. Provocateur, grossier, raciste à l'occasion, il multiplie les saillies verbales qui font presque toujours mouche. Derrière cette façade de vieux macho texan se révèle pourtant un homme plus attachant que réellement méchant. Son mélange de rudesse, d'ironie et de mélancolie rappelle parfois le personnage campé par Clint Eastwood dans Gran Torino. Chaque apparition lui permet d'apporter au film une énergie et une humanité supplémentaires.
Sans révolutionner les codes du polar ou du western moderne, Comancheria demeure une œuvre solide, portée par d'excellents personnages et une critique sociale pertinente, malgré un goût parfois excessif pour la démonstration. Un film américain très conscient de ses mythes, qui tente de les retourner contre le système qu'ils ont contribué à glorifier.
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