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Comme des riches, ou l’art malheureux de filmer un rêve de gosse dans un décor de carte postale sans jamais y croire.
On pense à ces comédies françaises qui veulent jouer aux grandes. Celluloïd trempé dans le champagne mais tourné à l’eau tiède. Ici, Saint-Tropez fait office de mirage, mais un mirage habité par des clichés en tongs : trois jeunes de Saint-Denis grimés en princes du Golfe, un yacht usurpé, un milliardaire invisible, un plan bancal — on rit, ou plutôt on nous y invite bruyamment. Et pourtant.
Le rire, lui, reste sur le quai.
Giuseppe, incarné par un Youssef Hajdi en pilote automatique, est censé être ce pivot tragicomique entre le mensonge et la débrouille. Il est surtout l’ombre d’un héros de comédie. Les dialogues sont plats, rapiécés, cousus de fil blanc et d’accents forcés. Même Philippe Katerine, en concierge mythomane, semble lutter contre le scénario, tentant de surnager dans le grotesque sans la moindre ancre. Tout sonne faux, y compris les yachts, qui ressemblent à des locations Airbnb de luxe filmées au ralenti, comme si ralentir l’image allait accélérer l’humour.
Le trio des “lascars” — Brahim Bouhlel, Fehdi Bendjima, Armindo Alves — aurait pu porter ce mensonge joyeux, ce carnaval d’apparence. Mais non. Pas de rythme, pas de répliques qui claquent, pas d’enjeu réel. L’escroquerie tourne vite à la gêne : les déguisements de princes deviennent des costumes de carnaval, les arnaques des sketchs, et les situations s’enfilent comme des perles cassées. Un montage haché, des scènes sans nerf, des punchlines hors tempo. Et puis cette musique omniprésente, sorte de bouée musicale censée maintenir l’ambiance à flot. Elle nous noie.
Le film veut parler de l’ascension sociale, du fantasme de richesse, de la violence du déclassement. Il finit par glorifier l’arnaque molle. On rit jaune, quand on rit. On pense à une parodie d’OSS 117 qui aurait oublié d’être intelligente. À une comédie Canal+ coincée en 2012. À une “Bande à Fifi” mais sans bande et sans Fifi.
Le plus triste, c’est qu’on sent une sincérité. Celle d’un réalisateur — Amin Harfouch — qui voulait livrer une comédie populaire, solaire, avec un regard sur la fracture sociale. Mais le regard est flou, et le film, inconséquent. Le rire ne sauve pas tout. Surtout pas quand il sonne creux.
À la sortie, on se dit qu’il y a deux façons de vivre comme des riches : avec panache, ou avec des perruques achetées chez Gifi.
Ce film a choisi la seconde.