Alors là les copains, Bernard Borderie nous refait le coup du noir et blanc qui sent la torgnole et le whisky bon marché. “Comment qu’elle est ?”, c’est du pur jus de détective à la française, du hard-boiled revisité sauce pastis. On retrouve l’inoxydable Eddie Constantine, le mec qui a une mâchoire en béton armé et un regard calibré 35 mm. Il balance des punchlines comme d’autres distribuent des mandales : à la cadence d’un mitrailleur belge sous amphètes.
Le scénario ? Oh, une intrigue comme on les aime : des vilains, des femmes fatales, des verres qui s’entrechoquent et des portes qui s'esclaffent. Alfred Adam cabotine avec une perfidie de compétition — un vrai salaud de haute école. Robert Berry, on le reconnaît avant même qu’il parle, tellement il transpire la maison poulaga. Et André Luguet, ah celui-là, il pète les plombs avec une élégance toute cartonnée : du grand art de la crise de nerfs calibrée en Cinémascope.
Côté pétasses (pardon mesdames, mais c’est le jargon de l’époque), on a un trio gagnant : Françoise Brion, Françoise Prévost et Fabienne Dali — rien à voir avec le moustachu surréaliste, mais question regard en coin, elles font fondre les pellicules.
Niveau mise en scène, Borderie assure le service minimum mais avec un certain panache. Y a du champ-contrechamp qui claque, du clair-obscur qui fait sérieux, et du cadrage qui sent la gaufre belge (dans le bon sens). La photo, un peu granuleuse, donne ce petit goût vintage avant l’heure — une vraie caresse pour les amateurs de bobines poussiéreuses.
Quant à Lemmy, il est plus posé, moins porté sur la bibine, mais question baffes par minute, la moyenne reste au-dessus du seuil syndical. C’est du bon, du brut, du Constantine millésimé. L’humour est plus subtil qu’à l’accoutumée — enfin, façon de parler : on passe du jeu de mots de comptoir au calembour de salle de montage.
Bref, moi je dis : vive Lemmy, vive Constantine, et vive les gifles chorégraphiées en plan américain. Ce film, c’est pas du Bergman, mais c’est du bonheur à 24 images par seconde.