L’intérêt que présente Compagnons est de retranscrire l’opposition entre deux mondes par des ruptures de formes et de tons : la violence quotidienne de la banlieue passe par des courses-poursuites permanentes, en témoigne celle qui ouvre le film ; le caméra suit l’actrice de près, à l’épaule, dans une démarche esthétique soucieuse de montrer à l’écran la brutalité du milieu investi. La maison de formation, au contraire, propose un cadre de travail et d’épanouissement stable que la réalisation prend en charge avec une lenteur recherchée, à l’instar de la maîtrise de soi qu’impose aux autres Paul, interprété par Pio Marmaï.
Les interférences qui résultent de l’entrelacs de ces deux mondes s’avèrent également dignes d’intérêt, jusqu’à ce que le récit choisisse de suivre le chemin balisé de l’apprentissage jalonné çà et là d’altercations ; nous aurions aimé voir naître une forme hybride apte à traduire à l’image la tension initiale, une forme à mi-chemin entre l’intériorisation silencieuse et l’explosion de mots et de coups portés. Tout devient fort sage et prévisible, c’est dommage. L’actrice principale, Najaa Bensaid, campe bien son personnage et confère au long métrage une certaine énergie qui ne saurait pourtant suffire à faire de Compagnons le chef-d’œuvre terminal exigé des élèves, pas même une œuvre mémorable.