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le 11 nov. 2013
SuivreUn barbare sinon rien.
http://youtu.be/xteoc9zrC2w Tu permets que je t'appelle Conan ? Je sais qu'avant la fin de ce petit texte, je vais mettre la note maximale à ce film. Car je suis toujours scotché. Du début à la fin...
Il y a des films que l’on découvre, et d’autres qui semblent nous découvrir nous-mêmes. Pour moi, «Conan le Barbare» appartient à cette seconde catégorie. J’ai découvert le film enfant, au hasard d’une soirée télé. Le choc fut total. J’avais l’impression étrange d’assister à un rêve éveillé, brutal et hypnotique, dont chaque image reste gravée dans ma mémoire comme un fragment de mythe ancien. Chez John Milius, la fantasy n’est jamais un simple décor. Elle devient une matière primitive, presque sacrée, où chaque plan semble sculpté dans la pierre, le sang et le feu.
Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est la puissance visuelle du film. Rarement un univers aussi sauvage aura été filmé avec une telle élégance chorégraphique. Chaque déplacement de caméra, chaque composition de cadre, chaque silhouette découpée dans la lumière possède une dimension picturale presque irréelle. On ne compte plus les plans d’une beauté stupéfiante : les vastes étendues désolées, les temples noyés d’ombres, ou encore cette expédition finale de Conan et de sa bande dans le repaire de Thulsa Doom, véritable procession funéraire où l’aventure prend des allures de rituel païen. La mise en scène de Milius transforme constamment la violence en fresque visuelle.
Et c’est précisément là selon moi que réside le grand paradoxe de l’œuvre. Dans l’imaginaire collectif, «Conan le Barbare» reste souvent catalogué comme un simple film de «bourrin» : un déferlement de muscles, d’épées et de décapitations porté par la présence bodybuildée de Arnold Schwarzenegger. Pourtant, le film est presque l’inverse de cette caricature. Oui, il est d’une violence parfois sidérante. Oui, le sang éclabousse l’écran avec générosité. Mais cette brutalité n’est jamais une finalité spectaculaire. En réalité, les véritables scènes d’action sont étonnamment rares. Milius préfère l’attente, le silence, la contemplation. Je trouve que c’est peut-être cela qui rend «Conan le Barbare» si unique. Sous ses dehors de film brutal et «viril» se cache une œuvre hantée par la mémoire, le deuil et le sacré.
Chaque image semble sortie d’un songe archaïque, quelque part entre le conte nordique, l’opéra païen et le cinéma de samouraïs. Le rythme du film est lent, presque méditatif. Les personnages parlent peu. Les regards, les paysages et surtout la musique monumentale de Basil Poledouris racontent davantage que les dialogues. Cette retenue donne au récit une dimension mythologique fascinante. Conan avance moins comme un héros d’action que comme une figure tragique traversant un monde mourant.
Le duel final cristallise parfaitement cette idée. Là où un autre film aurait livré un affrontement spectaculaire et interminable, Milius choisit quelque chose de beaucoup plus étrange et profond. Le véritable combat entre Conan et Thulsa Doom n’est pas physique ; il est mental, spirituel, presque philosophique. Doom règne par l’emprise psychologique, par la croyance et la fascination. Conan ne triomphe pas seulement en brandissant une épée, il brise une illusion, il devient un parricide, détruit un pouvoir fondé sur la soumission des esprits. La scène devient alors moins une bataille qu’un acte de libération intérieure.
C’est sans doute pour cela que le film conserve aujourd’hui une aura si singulière. Sous son apparence de péplum barbare ultra-violent se cache en réalité une œuvre contemplative, mélancolique et profondément mythique. Un film qui parle de solitude, de fatalité, de spiritualité et de survie, bien davantage que de simple conquête. Et lorsqu’on l’a découvert enfant, avec les yeux encore capables de croire aux légendes, il pouvait réellement ressembler à une vision.
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LAISSEZ-MOI VOUS CONTER CES JOURS DE GRANDE AVENTURE...
«Conan le Barbare» est une œuvre traversée par une ambition visuelle et mythologique rare, où John Milius transforme un récit pulp en tragédie païenne. Derrière les corps, les épées et le sang, il y a un cinéma de la mémoire, du rite et de la fatalité. Et surtout, un regard profondément cinéphile.
Milius revisite ouvertement certains tableaux du cinéma de Akira Kurosawa. On retrouve dans plusieurs compositions cette manière de faire exister les corps dans le paysage, de transformer le vent, la poussière et la distance en éléments dramatiques. Les cavaliers surgissant au loin, les silhouettes découpées sur les crêtes, la violence qui éclate après un silence presque cérémoniel : tout cela évoque Les Sept Samouraïs». Mais Milius ne copie jamais. Il absorbe cette grammaire épique pour créer des images d’une brutalité ultra-réaliste bien à lui.
Ce film, c’est un déferlement de scènes incroyables...
La scène du générique d’ouverture - celle du «secret de l’acier» - reste l’un des plus beaux moments du film. Dans une forge baignée d’une lumière chaude et primitive, le glaive apparaît de la main de son maître. Ce n’est pas un simple dialogue d’exposition - c’est une cérémonie. La lame qu’il façonne semble déjà contenir le destin du garçon. Smith possède un visage sculpté comme une stèle antique. Tout dans cette scène est irréel : le feu, le métal, la neige à l’extérieur, le regard fasciné de l’enfant. Milius filme ce moment comme la naissance d’une religion. Et lorsque le père explique que l’acier est plus fiable que les dieux ou les hommes, sa voix grave paraît sortir d’un autre âge. Il ne transmet pas seulement une philosophie guerrière : il parle à son fils comme un prêtre transmettrait une vérité sacrée. Il forge le traumatisme qui dévorera Conan toute sa vie.
Puis survient l’attaque du village, et avec elle l’une des visions les plus cauchemardesques du film. Cette silhouette sauvage et inquiétante perchée sur un rocher, incarnée par Franco Columbu (un Mr Olympia, grand pote d’Arnold). Le plan est bref, mais il m’a marqué l’esprit avec une force primitive. Columbu apparaît comme une créature presque préhumaine, un éclaireur démoniaque surgissant d’un âge barbare oublié. Son corps compact et monstrueux, immobile au sommet de la pierre, donne l’impression que la montagne elle-même s’apprête à observer le massacre à venir. Milius comprend ici quelque chose d’essentiel : la peur naît souvent d’une silhouette avant de naître d’un acte.
Et puis il y a cette scène absolument bouleversante... La mort de la mère de Conan. Rarement un film de fantasy aura filmé la destruction de l’innocence avec une telle cruauté sèche. Thulsa Doom, joué par James Earl Jones, apparaît presque comme une divinité serpent venue juger les hommes. La mère de Conan fuit dans la neige avec son enfant. Pendant quelques secondes, le monde semble suspendu. Puis Doom la décapite dans un geste calme, presque rituel. Ce qui rend la scène insoutenable, ce n’est pas la violence elle-même, mais le regard de l’enfant. Conan ne crie pas. Il assiste à l’effondrement total du monde. La neige blanche, le sang, la tête coupée tenue comme un trophée. Milius compose ici une image de traumatisme absolu, une vision qui restera imprimée dans toute la suite du film... et dans ma mémoire toute ma vie !
L’ellipse de la Roue de la Douleur est sans doute l’une des plus grandes transitions physiques du cinéma. Le jeune enfant esclave pousse la roue encore et encore, les saisons passent, les corps tombent autour de lui, et soudain l’enfant devient un homme. Mais cette transformation ne ressemble jamais à un entraînement héroïque classique. Elle a quelque chose de monstrueux et de tragique. Le corps de Conan se construit comme une machine forgée par la souffrance. Milius filme cette métamorphose sans dialogue, uniquement par le mouvement, la répétition et la musique hypnotique de Basil Poledouris. En quelques plans, on comprend que Conan n’a pas grandi. Conan a été fabriqué. C’est une ellipse presque abstraite, qui donne l’impression de voir le temps lui-même écraser un être humain jusqu’à le transformer en animal sauvage.
Comment ne pas évoquer cette scène de l’Arbre du Malheur ? Conan crucifié, à demi mourant, dans un paysage qui semble appartenir à la fin du monde. Puis, très loin à l’horizon, apparaît la silhouette de Subotaï. Cette apparition minuscule produit toujours chez moi une sorte de trouble presque suffocant. Milius utilise la distance comme un vertige émotionnel. On ne sait pas immédiatement si l’on voit un ami, un fantôme ou une hallucination née de la souffrance. Cette silhouette lointaine, avançant lentement dans l’immensité, contient quelque chose de profondément humain... L’idée qu’au bord de la mort, une présence peut encore nous rattacher au monde. Le cinéma épique montre souvent des armées ou des héros triomphants. Ici, un simple point noir à l’horizon devient un événement bouleversant.
La rencontre avec la sorcière est une autre scène capitale pour moi, parce qu’elle révèle le rapport ambigu du film au désir. Conan est attiré vers cette femme comme vers une promesse de réconfort ou de vérité, mais la mise en scène transforme immédiatement l’érotisme en menace animale. Les gestes sont lents, félins, chargés de méfiance. Il y a dans cette séquence une sensualité sale, nocturne, presque morbide. Le désir n’est jamais séparé du danger. Lorsque la sorcière se révèle monstrueuse, le film ne brise pas l’érotisme. Chez Milius, l’amour et la mort sont constamment enlacés, et cette scène agit comme un miroir sombre de la relation future entre Conan et Valéria.
La marche vers la Montagne du Pouvoir constitue d’abord un basculement rituel. Conan, Valéria et Subotaï ne sont plus des aventuriers, où ils deviennent des silhouettes de guerre archaïques, presque des spectres. Leurs peintures de guerre effacent l’humanité ordinaire pour les transformer en ombres. Le noir autour des yeux, les marques blanches sur les visages, les torches dans la nuit - tout participe à une esthétique sacrée. La Montagne du Pouvoir elle-même semble respirer comme un organisme vivant, temple de cauchemar posé au milieu du monde. La musique de Basil Poledouris donne à cette approche une dimension liturgique. On a l’impression que les héros avancent vers un sacrifice plus que vers une bataille.
Houlàlà, que d’émois quand j’ai vu le film pour la première fois vers l’age de 8 ans... Car la nuit d’amour avec Valéria constitue probablement le cœur émotionnel du film. Rarement un film aussi brutal aura filmé la tendresse avec une telle sincérité. Après tant de violence, tout devient soudain calme : les regards, les souffles, la proximité des corps, la façon dont Valéria et Conan dévorent la nourriture. Valéria n’est pas seulement la compagne de Conan... Elle est la première personne capable d’atteindre l’enfant blessé enfoui sous le guerrier. La volupté de la scène ne tient pas à l’exhibition mais à la vulnérabilité. Conan cesse un instant d’être une machine de vengeance. Et lorsque Valéria lui avoue avoir souvent «bravé la mort sans que personne ne le sache», le film dévoile sa vérité intime : ces personnages vivent dans une familiarité constante avec la disparition. Derrière leur force se cache une immense solitude. Cette confession donne au personnage de Valéria une profondeur tragique. J’ai la conviction personnelle et intime qu’elle sait déjà au moment de cette scène, obscurément, qu’elle appartient au monde des morts autant qu’à celui des vivants.
Le bûcher de Valéria est dévastateur précisément parce que le film a pris le temps de construire cet amour. Dans la nuit immense, les flammes deviennent quelque chose de plus qu’un rite funéraire. Elles consument la seule douceur que Conan ait jamais connue. Pour moi, la scène sera toujours d’une tristesse infinie parce qu’elle refuse tout héroïsme spectaculaire. Conan ne rugit pas, il veille. Le feu éclaire son visage comme celui d’un homme qui comprend enfin ce qu’il vient de perdre. La musique funèbre de Poledouris transforme le moment en élégie païenne. Et l’apparition spectrale de Valéria, plus tard, donne au film une dimension quasi mystique, où l’amour survit brièvement à la mort, mais seulement sous forme de vision. La phrase - « Tu crois qu’on vit éternellement ? » - résonne alors comme la vérité ultime du film. Tout y est mortel : les royaumes, les corps, les amours, les dieux eux-mêmes. Conan veut gagner sa guerre, mais il perd toutes ses illusions.
Enfin, la mort de Rexor est peut-être l’un des gestes symboliques les plus puissants du film. Lorsque Conan récupère l’épée de son père, il accomplit enfin le cycle de vengeance commencé dans son enfance. Mais l’épée est brisée. Et c’est essentiel. Le film refuse la restauration héroïque complète. L’héritage paternel revient mutilé, comme si aucune vengeance ne pouvait réellement réparer le passé. Le symbole œdipien est limpide : Conan terrasse la figure qui avait participé à la destruction du père, mais il découvre au bout de son parcours que la filiation elle-même est irréparable. C’est ce qui rend Conan the Barbarian si singulier dans l’histoire du cinéma fantastique. Derrière la barbarie, il y a une méditation sur le deuil, le désir, la transmission et la solitude des hommes.
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«CONAN LE BARBARE» EST D’ABORD UN FILM OPÉRA...
Quand on évoque ce film, on est obligé de parler de sa bande originale... La musique de «Conan le Barbare», composée par Basil Poledouris, est tout simplement l’une des plus grandes partitions du cinéma fantastique. Dès les premières secondes, l’approche symphonique et chorale de Poledouris fonctionne à merveille : la musique ne se contente pas d’accompagner les images, elle forge littéralement l’univers du film avant même que l’histoire ne commence. Rarement un compositeur aura réussi à installer avec une telle puissance une époque, une atmosphère et une mythologie en quelques mesures seulement.
Cette partition m’impressionnera toujours par sa complexité, mais aussi par son caractère étonnamment primitif et brutal. Poledouris crée une œuvre viscérale, presque sauvage, où chaque thème semble taillé dans l’acier et la pierre. Il parvient à évoquer immédiatement la violence, la brutalité et le souffle épique du récit de John Milius. Les cuivres imposent une force incroyable à l’écran, martelant la destinée tragique et héroïque de Conan avec une intensité rarement égalée dans le cinéma des années 80.
Les influences musicales sont parfaitement assimilées sans jamais tomber dans l’imitation. On ressent l’ombre majestueuse de Carmina Burana - déjà magnifiquement utilisé dans Excalibur - mais aussi la puissance funèbre du chant grégorien du Dies Irae et certaines sonorités issues de la musique folklorique ancienne. Poledouris mélange ces inspirations avec une intelligence remarquable pour créer une identité sonore unique, archaïque et monumentale.
Impossible également de ne pas évoquer les morceaux “Riddle of Steel” et surtout “Riders of Doom”, absolument fascinants. Entre les percussions martiales, les cuivres triomphants et les chœurs en latin, ces compositions dégagent un véritable sentiment d’horreur mélodique, presque surnaturel. La montée en puissance de “Riders of Doom” reste l’un des moments musicaux les plus impressionnants du cinéma de fantasy : une chevauchée apocalyptique où la musique devient aussi terrifiante qu’exaltante.
Que les néophytes découvrent sans attendre l’un des scores les plus puissants et emblématiques des années 80. Cette œuvre est indémodable, exactement comme le film de John Milius lui-même. 44 ans après sa sortie, la musique de «Conan le Barbare» conserve intacte sa force primitive et continue de dominer le genre fantasy avec une autorité presque mythologique.
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UNE FRESQUE POÉTIQUE PORTÉE PAR SON CASTING
«Conan le Barbare» demeure l’un des grands monuments du cinéma heroïc-fantasy, et une bonne partie de sa puissance provient aussi de son casting presque miraculeux. Rarement des acteurs auront semblé à ce point fusionner avec leurs personnages pour donner naissance à un univers aussi brut, mythologique et habité.
Le premier miracle du film, c’est évidemment Arnold Schwarzenegger. Conan le Barbare fut pour lui un véritable rôle-révélation. Bien avant de devenir une superstar mondiale, Schwarzenegger possédait déjà cette présence physique hors du commun qui transcendait le simple culturiste. Son Conan ne repose pas sur un jeu bavard ou sophistiqué : il impose quelque chose de primitif, presque minéral. Chaque regard, chaque mouvement, chaque silence semble découler d’une légende ancienne. On a souvent l’impression troublante que l’acteur est littéralement né pour incarner Conan, tant il épouse naturellement cette figure de guerrier sauvage façonné par la souffrance et la volonté.
Mais la véritable grâce du film vient peut-être de Sandahl Bergman dans le rôle de Valéria. Inoubliable, magnétique, elle apporte une sensualité et une noblesse rares au personnage. Ses poses sont devenues légendaires : silhouette découpée dans la lumière, regard fier, gestuelle féline. Ancienne danseuse, Bergman donne à Valéria une manière unique de se déplacer, mêlant élégance, puissance et fluidité animale. Elle ne se contente jamais d’être la compagne du héros ; elle devient une figure mythique à part entière, guerrière sublime et tragique dont chaque passage marque durablement la mémoire du spectateur. Sa dernière apparition dans le film m’a bouleversé à vie.
Le trio ne serait pas complet sans Gerry Lopez, ancien champion de surf reconverti acteur, qui interprète Subotai. Son charisme discret fonctionne parfaitement en contrepoint de la brutalité de Conan. Lopez apporte une décontraction naturelle, une chaleur fraternelle et un humour subtil qui rendent leur alliance profondément attachante. Sa présence contribue énormément à l’équilibre humain du récit.
Et puis il y a l’immense James Earl Jones dans le rôle de Thulsa Doom. Peu de méchants de fantasy ont laissé une empreinte aussi forte. Avec sa voix caverneuse immédiatement reconnaissable et ses yeux presque hypnotiques, Jones transforme Doom en prophète inquiétant, mélange de gourou mystique et de serpent prêt à frapper. Son calme est plus terrifiant que la violence elle-même. Chaque apparition impose une autorité glaciale et une fascination morbide qui élèvent le personnage au rang des grands antagonistes du cinéma fantastique.
Le film bénéficie aussi de la présence prestigieuse de Max von Sydow en Roi Osric, dont la simple apparition suffit à donner davantage de profondeur et de crédibilité à cet univers barbare et mystique. Comme souvent, l’acteur apporte une gravité presque shakespearienne à son personnage.
Tous ces talents, réunis sous la direction inspirée de John Milius, contribuèrent à faire de «Conan le Barbare» une œuvre hors normes. Plus qu’un simple film d’aventure, c’est une fresque mythologique violente, poétique et hypnotique, portée par un casting en état de grâce.
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Le «Conan le barbare» de John Milius repose finalement sur une idée d’une radicalité presque antique : l’homme n’a pas besoin des dieux pour donner un sens à son existence. Tout le film est traversé par cette conviction païenne selon laquelle la volonté humaine peut dépasser la fatalité, la souffrance et même la mort. Thulsa Doom promet le pouvoir spirituel, le réconfort de la foi et la soumission des masses par le verbe. Conan, lui, avance dans un monde vide de réponses divines. Crom demeure silencieux. Les prières restent sans écho. Pourtant, c’est précisément dans ce silence des dieux que naît la grandeur du personnage. Conan ne triomphe pas parce qu’une providence le protège, mais parce qu’il endure, chute, aime et se relève sans cesse. Le film affirme alors quelque chose de profondément tragique et humain... La transcendance n’est pas un don céleste, elle est un arrachement de soi à soi.
Cette dimension philosophique explique pourquoi le film dépasse largement le simple récit d’aventure. Bien sûr, «Conan le barbare» demeure un immense spectacle : chevauchées nocturnes, temples maléfiques, batailles furieuses, sorcellerie, chair et acier. Mais réduire le film à sa brutalité serait passer à côté de sa véritable nature. Ce qui lui donne son caractère unique, c’est ce souffle immense, presque wagnérien, qui traverse chaque image. Je le redis et j’insiste ; la partition de Basil Poledouris ne se contente pas d’accompagner l’action. Elle transforme le récit en poème chantée. Le film ressemble moins à un blockbuster qu’à une épopée lyrique où les êtres humains luttent contre le temps, la mort et le souvenir.
Et au cœur de cette fresque barbare se trouve finalement une histoire d’amour d’une pureté bouleversante. Conan et Valéria dépassent peu à peu le simple désir physique pour atteindre quelque chose de plus vaste. Il s’agit d’une communion tragique entre deux êtres perdus dans un monde sans pitié. Leur amour devient une réponse au chaos. Dans un univers dominé par la violence, ils découvrent une tendresse presque sacrée. C’est pourquoi la disparition de Valéria possède une telle force émotionnelle. Le film nous montre qu’au-delà du fracas des armes, des cultes sanglants et des quêtes de vengeance, ce qui subsiste est le souvenir incandescent de l’amour partagé. Même la mort ne parvient pas totalement à les séparer. C’est que j’aime le plus lorsque Valéria revient brièvement sous une forme spectrale pour protéger Conan, le film atteint une dimension romantique rare. L’amour traverse les frontières du monde visible.
Le film parvient à unir la sauvagerie la plus terrestre et une poésie funèbre presque métaphysique. Chaque victoire y porte déjà le goût de la perte. Chaque instant de bonheur semble condamné à devenir souvenir. Et pourtant, de cette noirceur naît une étrange exaltation.
Il m’est difficile, aujourd’hui, d’imaginer le cinéma contemporain accoucher de nouveau d’un conte aussi sombre et poétique. Non pas parce que les moyens techniques manqueraient - ils sont immenses - mais parce qu’un tel film suppose une forme de sincérité lyrique devenue rare. «Conan le barbare» ose être grandiose sans ironie, mystique sans cynisme, violent sans désamorcer constamment sa propre gravité. Et c’est précisément cette foi absolue dans le pouvoir du mythe qui lui permet, plus de quarante ans après sa sortie, de conserver une puissance émotionnelle intacte.
Ah oui ! Il y a aussi un serpent géant ! Je ne vous en ai pas parlé... «Mais ceci est une autre histoire»...
Créée
le 15 mai 2026
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