A priori peu excitant sur le papier (si ce n'est l'auteur du roman adapté, Robert Harris), « Conclave » se révèle, pourtant, l'un des thrillers les plus intenses de l'année. Manoeuvres, rivalités, négociations, secrets, trahisons : tout y est sans (presque) jamais forcer le trait, le film pouvant autant s'appuyer sur un scénario riche et bien construit qu'une réalisation classique mais élégante, maîtrisée, faisant la part belle à un décor (extérieur et surtout intérieur) très joliment exploité. Enjeux prenants, dilemmes complexes, situations fortes : à défaut de rebondissements spectaculaires (si ce n'est le dénouement, j'y reviendrais), on se prend totalement au jeu, la qualité de l'écriture, notamment des protagonistes, n'y étant pas étrangère : je n'aurais pas pensé m'identifier autant à certains hommes d'église !
Et si certains seconds rôles auraient pu être encore mieux exploités, quel casting, dont ressortent, notamment, Stanley Tucci et surtout Ralph Fiennes, qu'on a rarement vu aussi brillant (et pourtant, quel acteur!). Reste cette révélation finale, pour le moins inattendue : autant qu'Edward Berger prenne manifestement fait et cause durant tout le film pour l'aile progressiste des cardinaux ne m'a absolument pas dérangé (au contraire!), autant cette touche
« woke »
m'a paru plus dispensable, si ce n'est pour s'assurer que tout le monde s'en souviendra... Une poignée de minutes sur près de deux heures n'éclipsant nullement la qualité d'ensemble pour ce qui reste un « Conclave » de fort bonne tenue.