L’infernale élection du Saint Père, au sein du Vatican, haut lieu de l’Église catholique devenu pour quelques jours le théâtre des ambitions et des mesquineries humaines… Savoureux paradoxe ! Cela valait bien un roman, « Conclave », écrit par Robert Harris en 2016 et une adaptation cinématographique, réalisée par le prometteur cinéaste allemand Edward Berger (déjà oscarisé en 2023 pour « À l’ouest, rien de nouveau »). Nous nous immergeons immédiatement dans la gravité du moment et dans cette cité du Vatican, austère et majestueuse, théâtre d’un huis-clos que l’on devine vite oppressant. Les vieilles pierres et les célèbres peintures de la renaissance italienne qui magnifient la chapelle Sixtine se mêlent harmonieusement aux velours ouatés des robes des cardinaux. Quelques plans larges, filmés de haut comme si le Ciel se penchait sur une scène de marionnettes à la fois solennelles et grotesques, nous offre de jolies images sobrement colorées, parfaitement chorégraphiées. À l’inverse, de nombreux gros plans sur les principaux protagonistes appuient leurs questionnements et leurs certitudes, leurs convictions et leurs manigances, leurs ambitions aussi… Il n’y a finalement pas grand-chose à redire sur l’esthétique et la mise en images, pas grand-chose à jeter des questions que le film soulève. Mais « Conclave » sacrifie au rocambolesque de son scénario la finesse de traitement qu’un paradoxe mérite toujours.
Le Cardinal Lawrence, interprété par un Ralph Fiennes impeccable, doyen du conclave, personnage central chargé d’orchestrer ce moment historique, est le véritable métronome du film. Nous le devinons immédiatement sincère, dans sa volonté de mener à bien la mission qui lui est confiée autant que dans son discours, livré en préambule à l’élection, sur la nécessité de douter et le danger des certitudes. Ce discours puissant est un moment fort du film, on regrette qu’il n’y en ait pas eu davantage. Le scénario préfère nous proposer des personnalités souvent caricaturales et peu nuancées se livrant à des manœuvres ou des joutes politiciennes assez grossières : dénonciation d’un passé licencieux, mise à jour d’un scandale de corruption, diatribes conservatrices à l’encontre du progressisme sociétal etc… Fallait-il que nous tombions si soudainement de notre Saint Siège pour nous rouler ainsi dans la fange du Capitole ?
Bien-sûr, le film nous interpelle sur les pratiques moyenâgeuses d’une Curie romaine en costumes, sur la place des femmes dans l’Église, sur les sentiments paradoxaux et les démons des hommes de foi, sur la cohabitation des religions, sur l’essentiel respect de la nature humaine si complexe… mais ces thèmes ne sont qu’effleurés, nous regrettons de ne pas les voir plus approfondis.
Il n’en reste pas moins que « Conclave » est un honnête divertissement, un huis-clos sans temps mort qui nous gratifie de quelques rebondissements. Mais, fumée noire ou fumée blanche, on aurait souhaité un peu plus de souffle… sans forcément qu’il soit divin.