C’est habitée par de lourds doutes que j’ai eu envie de voir Conclave, tant les avis de mes éclaireurs étaient opposés. Le film avait même été accusé de wokisme, ce qui suffisait à m’en éloigner.
Eh bien, non seulement j’ai aimé l’esthétique, sobre, élégante mais surtout signifiante, mais aussi le fond.
L’esthétique de Conclave construit un univers aux tons tranchés, où le rouge et le blanc dominent, s’opposent, mais où des jeux d’ombres enveloppent les hommes, révélant les faiblesses que dissimule souvent la noblesse de leur fonction. Les effets de symétrie nombreux font des hommes les éléments d'un rouage, au service d'une machine solide et sans état d'âme, dans un huis clos aux murs immenses et lourds de 2000 ans d'histoire.
Pourtant très vite, les cardinaux révèlent, qui une ambition dévorante, qui une jeunesse tumultueuse, qui sa vanité, qui des lâchetés, et même l’appât du gain (les sept péchés capitaux étant représentés avec une certaine finesse et sans dogmatisme).
Car coupés du monde, leurs besoins matériels satisfaits par des religieuses presque invisibles et totalement silencieuses, ces êtres au sommet de la spiritualité et de la politique de l’Église ne sont, comme le dit à un moment l’un d’eux, « pas toujours à la hauteur de l’idéal » qu’ils servent.
Certes, les deux tendances au sein de l’Église - la tendance « progressiste », qui souhaite une évolution de l’institution avec le monde, et la tendance « conservatrice », ici malheureusement caricaturée par un cardinal grossier, grande gueule et raciste - sont schématiques, mais elles existent bel et bien. L’important, pour un éventuel chef, étant de réunir en son sein ces deux tendances dans un équilibre très délicat à trouver, avec intelligence et ouverture d'esprit.
Pendant ce temps, le monde s'agite, s'écroule, les hommes se tuent, pour presque rien. Paradoxalement, la violence du monde parvient à pénétrer l'enceinte confinée du conclave et ouvre un pan de lumière apportant une nouvelle orientation à l'assemblée. Le film, ici, donne à ce signe une dimension ambiguë très réussie : le divin se manifestant par le monde et couvrant les cardinaux d'une poussière rédemptrice.
Enfin, la surprise du film est de donner une place importante à la parole féminine, rare mais puissante ; la dernière image, montrant des religieuses sortant du bâtiment du conclave, riant et s’avançant vers l’extérieur d’un pas léger, est un beau symbole.
Ma plus grosse crainte était LA surprise du film , que je ne divulgâcherai pas , ridicule, woke et peu crédible sur le papier, mais amenée avec une grande subtilité, portée par un personnage intéressant, ayant connu le monde et ses horreurs, et portant un message d’union, de paix et d’égalité appréciable.
Une très bonne surprise.