Après Blow-Up j'ai voulu enchaîner avec le second film de la trilogie des points de vue, selon Lagier. Bon, Conversation secrète n'a pas la virtuose de Blow-Up. La partie enquête est bien plus présente et ce dès la scène d'introduction, assez troublante avec ses bruits saturés et inintelligibles. Le genre du film est directement balisé, on sait tout de suite que c'est un thriller, tout ce qui se produit dans la vie de Gene Hackman sert plus ou moins directement l'intrigue. Le spectateur n'est pas aussi perdu que le personnage principal et du coup on ne retrouve pas l'urgence qu'on a dans Blow-Up de s'accrocher au sens qu'on nous propose ; il n'y a pas de panique existentielle contestant la pertinence de l'enquête. Surtout, celle-ci se fonde sur l'analyse rationnelle d'une bande sonore, là où Blow-Up exploitait des plans splendides jusqu'à l'absurde. Ce film joue donc nécessairement moins du travail sur les images et plus de l'écriture pour nous intriguer.


Il y a évidemment des similarités : le mystère entourant le personnage, peu bavard ; l'extériorité de l'intrigue, on est spectateur des événements autant que le personnage principal ; la synchronie entre la compréhension du spectateur et celle du personnage principale ; la paranoïa du personnage. Mais tout est plus fluide, moins chaotique, il s'agit d'avantage d'un scénario extrêmement bien ficelé aidé d'une mise en scène claire, dont l'objectif est de rendre intelligible la situation présentée partiellement au début. On ne partage pas la panique du personnage principal de n'enquêter sur rien, et la fin nous donne raison. Ce qui faisait le sel de Blow-Up, l'incertitude du sens qu'on nous poussait à déduire d'images vaines, est absent du film, ou en tout cas fonctionne moins bien.


En revanche, le film excelle dans le détricotage des enjeux de la scène initiale. Il est superbement écrit, ce qui le rend très efficace. Le visionnage est vraiment plaisant. Et, contrairement à Blow-Up, même si on ne ressent pas de panique existentielle, on a de l'empathie pour ce type mystérieux un peu paumé joué par Gene Hackman, excellent dans un domaine spécifique, la filature. C'est toujours très agréable de voir un type correctement filmé au travail. Le plaisir de suivre ce personnage, son charme cinématographique, découle surtout de l'expertise que la mise en scène lui suppose, et ça ç'est vraiment très chouette. Les moments où l'on peut constater sa minutie sont vraiment très réussis, et c'est intéressant de voir que cette minutie le démarque tout en l'amenant à s'aliéner son unique partenaire.


Le film est moins énigmatique que Blow-Up, il est moins beau, mais il est traversé par une grande mélancolie, qui résulte justement de l'empathie qu'on a pour Gene Hackman là où Hemmings ne nous transmettait que sa désolation et sa soudaine envie de sens. La dernière scène qui, sans la résoudre, écarte la paranoïa de la fin du film à coup de saxophone, intensifie ce côté mélancolique. Malgré le déroulement forcément un peu mécanique d'une intrigue parfaitement huilée, le mélange de l'échec moral du personnage principal, de sa paranoïa finale, de sa solitude et de son calme retrouvé donne au tout une jolie langueur, qui persiste après le générique de fin.

Bretzville
8
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le 16 janv. 2020

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