Au coeur d'un abattoir de viande bovine, des humains meurtris tentent de vivre tant bien que mal. Maria aime Endre, Endre aime Maria. Mais ils ne parviennent pas à se le dire. Ils sont tous deux prisonniers de leurs corps, incapables d'interagir avec les autres et de communiquer leurs émotions. La nuit, ils rêvent qu'ils s'évadent en forêt et (re)deviennent des animaux, vivant en harmonie complète avec la nature. Mais que signifie ce rêve dans lequel ils se retrouvent tous deux chaque nuit ? Cette quête de sens va les amener à tenter de reconquérir leur vie à travers la vue, l'odorat, le toucher, l'ouïe et le goût. Rien dans le film n'est laissé au hasard : chaque plan recèle d'une foule de métaphores, reflets et jeux de miroirs, sons in et off, lumières, souffles, caresses, symboles visuels et auditifs.
Quel est le sens d'une vie vécue déconnectés de nos cinq sens ? Ce film éminemment philosophique est une réflexion sur nos vies humaines contemporaines. L'Homme, qui a rompu le lien avec son corps, avec son âme, et avec son environnement naturel ; coupé de ses sens et donc du réel, devient alors complètement autiste, à l'image des deux personnages principaux. La cinéaste Ildikó Enyedi nous invite ici à questionner notre rapport à nous-mêmes (corps et âme), aux autres et au monde qui nous entoure, notamment la façon dont nous traitons les animaux.
La dernière scène du film est révélatrice : Au petit matin, Maria et Endre prennent le petit-déjeuner après avoir couché ensemble (leurs corps se sont touchés pour la première fois) et s'être finalement déclaré leur amour mutuel. Ils réalisent alors tous deux, incrédules, qu'ils n'ont pas rêvé cette nuit-là.
- Tu veux un peu de charcuterie ?
- Non, merci.