Le festival du film de Saint Paul Trois châteaux entre dans le vif de son sujet avec ce film tendre mais dramatique.
Derrière ce titre improbable (si j'ai bien compris, cela se traduit par "Côte abrupte, Liban"), ce film nous entraîne dans la vie d'une famille libanaise qui a déserté Beyrouth pour tenter de vivre une vie harmonieuse à l'écart du désastre économique national. Il y a le père Walid, interprété par Saleh Bakri, tout en retenue, la mère Souraya, excellente Nadine Labaki, tendre et exigeante, la fille aînée Tala, intéressante Nadia Charbel, à la recherche de son destin, et Reem intelligente, maline et pleine de bon sens, interprétée par Ceana Restom et sa jumelle Geana (mais on ne voit jamais de différence dans ce personnage unique). Et en arrière-plan, la grand-mère Zeina, distille ses petits coups de gueule, et ses petites magouilles pour tenter d'exister encore.
Tout se passe presque pour le mieux, dans ce cadre familial étroit et resserré, avec une tendresse à fleur de peau. Il faut bien survivre dans ce pays dévasté.
Mais ce bonheur superficiel ne dure pas... Juste derrière la clôture, une décharge vient s'installer. Elle doit soi-disant, être aux normes, recycler la plus grande partie des déchets, et limiter les enfouissements. Le président en personne vient carillonner sur cette terre pour vanter son projet, bien sûr financé par les instances internationales.
Mais très vite, rien ne se passe comme prévu... Les investissements ne se font pas, les problèmes s'accumulent et la pollution gagne, au désespoir de la famille. A part Tala, attirée par le gardien de la décharge pour tenter d'avoir une première expérience sexuelle, la famille traverse des situations de plus en plus dégradées : le courant est coupé, l'eau est inutilisable, et les déchets franchissent la clôture... Rien ne va plus ! Les disputes surviennent, de plus en plus fréquentes. Derrière cette désintégration familiale, on comprend que c'est le pays qui suit le même chemin. Et personne ne peut en voir la fin... d'autant que le projet va s'arrêter faute de financement. Oubliant les uns et les autres au coeur du désastre, cette histoire nous frappe par le message délivré : on n'est jamais à l'abri d'une catastrophe et pour s'en sortir, il ne faut compter que sur soi... A quel prix ! Et seule la famille peut être un refuge pour peu qu'on sache atténuer ses divergences.
Mounia Akl nous livre un film prenant, qui ne nous fait aucun cadeau, mais en nous préservant par une grâce et une tendresse habilement distillée par le jeu des acteurs, d'une tragédie qui aurait pu être fatale. Voici un beau film qui mérite toute notre attention.
Comme toujours, à vous de voir.