Conçu à son écriture comme une dystopie, évoquant le Liban de 2030, le premier long-métrage de Mounia Akl, Costa Brava, Lebanon (drôle de titre !) a été rattrapé par la réalité de l'actualité, plus terrible que ce prévoyait le scénario du film. L'histoire, celle d'une famille isolée dans les montagnes pour fuir la pollution urbaine et la corruption, fonctionne comme une métaphore de la désintégration d'un pays qui se déchire et souffre mille maux. Nombreuses sont les disputes entre le père, la mère, une grand-mère, une adolescente et une fillette, soudainement confrontés à l'installation d'une immense décharge à proximité de leur propriété. Le film alterne conflits et moments de tendresse dans cette famille où chacun de ses membres est doté d'une très forte personnalité, y compris la benjamine, peut-être le personnage le plus sensé de tous. L'allégorie avec la situation dramatique du Liban n'est pas toujours des plus subtiles mais la mise en scène corrige les fautes de goût, avec une fluidité et une élégance qui font mouche. Même remarque pour la direction d'acteurs, parfaite, avec notamment Nadine Labaki dans un rôle polymorphe qu'elle tient sans faillir. Au final, même si le récit se veut plus tragique que comique, ce sont les instants les plus aériens, poétiques ou drôles et moins démonstratifs que l'on retient, preuves que la néo-cinéaste ne manque pas de cordes à son arc.