Il y a peu de choses qui m'agacent autant au cinéma qu'une excellente idée gâchée par une exécution paresseuse. En lançant ce film, j'étais pourtant sincèrement emballé par le concept : une application mobile capable de prédire l'heure exacte de notre mort. Sur le papier, cela avait tout pour m'offrir une descente haletante dans la techno-horreur, une ambiance poisseuse digne des meilleurs épisodes de Black Mirror. Mais mon enthousiasme est très vite retombé. Au lieu de me questionner sur notre rapport à la technologie, je me suis retrouvé coincé devant un banal film pour adolescents d'un classicisme affligeant, qui s'évertue à rater la moindre occasion d'apporter de la profondeur ou un soupçon d'originalité à son récit.
Ce qui m'a définitivement sorti de l'expérience, c'est la gestion catastrophique de l'angoisse. Je n'y ai perçu aucune véritable tension. La peur viscérale que j'attendais a été grossièrement remplacée par des montages cut hystériques et des effets sonores assourdissants, uniquement pensés pour me faire sursauter sur mon siège plutôt que pour m'effrayer durablement. Pour couronner le tout, le film s'imagine qu'il lui suffit de balancer le nom d'un démon aléatoire et quelques chants en latin pour se donner une aura mystique et profonde. C'est un artifice que j'ai trouvé d'une lourdeur insupportable, culminant dans un final expéditif, brouillon et dénué de sens, qui ne sert finalement que de vulgaire rampe de lancement pour une éventuelle suite.
Mon immersion a également été complètement brisée par les innombrables failles logiques du scénario. Mon esprit n'arrêtait pas de buter sur des questions évidentes : suis-je vraiment censé avaler le fait que, sur des milliers d'utilisateurs, absolument personne n'a jamais tenté de déjouer le chronomètre avant nos héros ? Qu'aucun simple bug informatique n'a jamais perturbé ce fameux "contrat" ? Le récit ne prend même jamais la peine de m'expliquer comment fonctionne cette application démoniaque. Elle marche parce que le scénario l'exige, un point c'est tout. Et que dire de la cohérence interne du film, qui s'effondre d'elle-même : un instant, un cercle de protection magique est d'une efficacité redoutable, et la scène d'après, les personnages semblent tout bonnement oublier son existence juste pour permettre à l'intrigue d'avancer. C'est le genre de facilité d'écriture qui a le don de me frustrer au plus haut point.
Face à un tel vide narratif, il m'était impossible de m'accrocher aux personnages. Je les ai trouvés d'une platitude désolante, guidés par des motivations qui n'avaient bien souvent aucun sens à mes yeux. Le jeu d'acteur n'est certes pas fondamentalement honteux, mais il reste tout aussi insipide et oubliable que le reste de la production.
Mais le plus ironique dans toute cette expérience, et ce qui m'a paradoxalement le plus marqué, c'est ce qui s'est passé en dehors de l'écran. J'ai découvert qu'une version bien réelle de l'application avait été mise en ligne en parallèle de la sortie en salles. Non seulement elle ne sert strictement à rien, mais de nombreux retours ont pointé du doigt le fait qu'elle siphonnait des données personnelles de manière extrêmement douteuse. Savoir qu'une simple application promotionnelle s'est révélée bien plus intrusive et angoissante que le long-métrage lui-même est peut-être la seule chose qui m'aura finalement donné des sueurs froides.