Il faut quand même que j'avoue quelque chose. Je n'ai jamais été un footeux, je le jure, au même titre d'ailleurs que je n'ai jamais été sportif. Et d'ailleurs, je pense que ça doit aider à apprécier ce film qui tient, parfois, du fantasme. De ce qu'on peut s'imaginer, vrai ou faux, des arrière-cuisines des clubs sportifs. Parce que, pour tout dire, j'adore ce film.
Ici, une petite ville ordinaire, Trincamp, avec ses commerces et l'usine qui fait vivre une bonne partie de la population et qui fournit, certainement, à travers une fiscalité avantageuse, une appréciable source de revenus à la ville. Bien sûr, pour souder la population autour d'un "projet" commun, rien de tel qu'un petit club de foot (des familles) totalement subventionné par l'usine. Le président du club, c'est normal, est justement le directeur de l'usine qui affirme crânement :
J'entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents, qui n’attendent qu’une occasion pour s’agiter.
Le scénario de ce film est assuré par un Francis Veber en pleine forme. Il met en scène un François Perrin. Très important, la nuance, car il s'agit d'un Perrin et non d'un Pignon. Dans ma critique du "jaguar", j'avais exprimé le résultat d'une observation personnelle où Veber prédéfinissait son personnage suivant qu'il l'appelait Perrin ou Pignon. Alors que Pignon est un loser, naïf limite bête, Perrin, lui, joue de malchance. Il aurait bien tout ce qu'il faut pour réussir mais le Destin s'acharne …
Ici Perrin ne sait pas fermer sa gueule quand il le faut. Aussi, il se fait prendre en grippe et virer et de l'usine et du club. Il est même accusé de viol sur une jeune femme bourgeoise. Et le jour béni où on vient le sortir de taule pour faire le onzième dans un seizième de finale électrique où toute la ville de Trincamp retient son souffle, il va peut-être pouvoir régler ses comptes une bonne fois pour toutes avec la ville, le club et l'usine. Jouissif, je vous le dis.
Perrin ici, c'est Patrick Dewaere dans un personnage qui lui va comme un gant, avec une sensibilité à fleur de peau. Sa désinvolture est une réponse à l'hypocrisie des gens en général. Vedette un jour avec une foule qui l'adule, proscrit le lendemain avec la même foule versatile et égoïste qui le rejette aussi vivement qu'elle l'a aimé.
Autour de Dewaere, toute une galerie d'acteurs, de seconds rôles délicieux dans leur fourberie, adorables mesquins, vomitives fripouilles. À commencer par Jean Bouise à contre-emploi dans un personnage genre grand seigneur mais cynique. Le président du club et directeur de l'usine. Absolument génial.
J'adore la scène dans les vestiaires à la mi-temps où Jean Bouise déchire lentement la grosse liasse de biftons sous les yeux des joueurs (salivant mais galvanisés) … "La moitié, tout de suite, le reste après le but de la victoire."
La qualité du rôle de Jean Bouise est suivie de très près par les prestations (vomitives mais jouissives) des sponsors de l'équipe comme Michel Aumont (le concessionnaire), Paul le Person (le marchand de meubles), Maurice Barrier (le bistrot), Gérard Hernandez (le flic) … Ce sont les notables de la ville qu'on voit fonctionner de façon féroce mais pas si caricaturale que ça. Annaud nous offre la vision du mec bien dans sa peau, du nanti, du sponsor qui accepte de subventionner sous condition de retour d'ascenseur. Évidemment, ce n'est pas forcément très compatible avec un électron libre du style Dewaere.
Que dire du bouquet final dans la scène orgastique du diner où Dewaere les remet tous à leurs places ?
Oui, j'adore vraiment ce film de foot où, finalement, on ne voit pas tellement de foot. Où Guy Roux, l'entraineur d'Auxerre et conseiller technique du film, s'arrachait les cheveux sur les piètres capacités de Dewaere face à un ballon. Ce qui, solidairement, me rend l'acteur encore plus sympathique.