Ce film qui n'a à priori pas la prétention d'être un chef-d’œuvre est étrangement grandiose.
"Étrangement", car le film est rempli de personnages petits, mesquins, dans leur train train quotidien de colons expatriés oisifs vivant en vase clos. Pour qui la jouissance sexuelle est un des rares moments de plaisir. A priori donc rien de vraiment attirant à part la présence de quelques orchidées féminines mi-vénéneuses mi -défraîchies pour qui y est sensible.
"Grandiose" car le personnage de Philippe Noiret se construit tout le long du film pour se révéler enfin, dira-t-on. C'est je pense d'ailleurs le meilleur rôle et jeu de Noiret, au-dessus du reste de ses films.
Il est à noter que le film est rempli de seconds rôles tout aussi colorés les uns que les autres : Guy Marchand, Jean-Pierre Marielle, Eddy Mitchell, Gérard Hernandez, François Perrot, chacun plus minable que les autres.
Quant aux actrices, j'aime beaucoup Isabelle Hubert qui est une actrice capable d'alterner ère glaciaire et canicule, d'un film à l'autre, voire même dans un même film, dont celui-ci. Aidée en cela par un visage dont les tâches de rousseur s'estompent et ressurgissent selon l'humeur. Et un jeu qui oscille sans ciller entre naturel et fausseté . Stéphane Audran est aussi un phénomène d'actrice, capable de s'en foutre éperdument de l'image qu'elle donne, personnage ou actrice. Et dans Coup de Torchon, elle ne montre pas le meilleur d'elle même...
Sans trop dévoiler le film, c'est un film "panier à crabes" donc, les crabes étant bien minables (au cas où vous auriez raté le mot dans mon résumé). Si l'on prend le film au premier degré, ce qui semble être la volonté de Bertrand Tavernier, on peut parler d'une comédie noire, avec une certaine portée philosophique.