Coutures
6.1
Coutures

Film de Alice Winocour (2025)

Réparer les blessures et imperfections

Le titre se justifie par le fait que, d’une manière ou d’une autre, chacun des personnages est occupé, au propre ou au figuré, à faire (ou subir) de la couture. Ainsi, Maxine (Angelina Jolie) est une artiste qui s'occupe de mise en scène. Elle s'applique donc à mettre en images un scénario qui lui tient particulièrement à cœur. Spécialiste du cinéma d'angoisse, elle vient à Paris pour tourner un film qui pourrait être le tournant de sa carrière. Pour ce film, elle a engagé une très jeune femme, Ada (Anyier Anei) originaire du Sud-Soudan, pays qu’elle a fui en raison de la guerre. Sa famille compte sur elle pour gagner l'argent qui les mettrait à l'abri. A Paris où elle débarque totalement inexpérimentée, Ada intègre l'univers des mannequins où elle doit participer à la Fashion Week et même marcher en tête du défilé en préparation. Bien évidemment, tout ne se passera pas comme prévu.


En effet, Maxine va devoir faire face à un terrible imprévu qui la rattrape depuis les États-Unis d'où elle vient. Elle va devoir se rendre d'urgence à un rendez-vous médical sans même rentrer chez elle pour consulter le médecin qui lui avait prescrit des examens. Quant à Ada, elle n'a pas l'habitude de marcher avec des talons hauts... D'ailleurs, elle a eu bien du mal à trouver où dormir à l'adresse indiquée par son agent, alors que soi-disant, elle y avait une chambre réservée.


Le film mêle donc plusieurs thématiques avec sensibilité et il s’avère assez riche et émouvant. De plus, il se montre à mon avis révélateur des milieux et situations qu'il évoque. Ainsi, le milieu de la mode et des grandes maisons de couture où le moindre costume nécessite de longues heures de travail, de nombreuses retouches et pas mal d'essayages de choix de tissus, etc. Le détail révélateur : lorsque Ada doit enfiler la tenue qu'elle portera pour inaugurer la Fashion Week, il faut pas moins de 7 personnes autour d'elle pour l'aider (alors qu'elle-même se laisse entièrement faire). D'autre part, le milieu des mannequins me paraît également bien vu, avec ces filles qui se côtoient régulièrement, gagnent beaucoup d'argent mais savent que cela ne durera pas. Elles sont avant tout préoccupées de leur apparence, de leurs engagements et lorsqu'elles peuvent décompresser, elles ne savent pas vraiment comment s'occuper.


Alors, elles éclusent du champagne sans compter dans le couloir d'un hôtel de luxe et singent leurs manières de défiler selon les circonstances.


De même, le milieu du cinéma est montré dans ce qu'il nécessite comme matériel et personnel pour la mise en scène d'une séquence de quelques secondes. La réaction d'Ada lorsqu'elle arrive au bout de sa première prise est révélatrice. Il va de soi qu'au moins une nouvelle prise sera nécessaire. Mais, sa motivation lui permettra d'apprendre relativement vite et de faire en sorte de donner ce qu'on attend d'elle, en dépit d'un ennui physique qu'elle parvient à cacher vaille que vaille. Enfin, le milieu médical est également très réaliste, avec Vincent Lindon en chirurgien qui explique la situation à Maxine, avec l'impératif d'aller le plus vite possible, dans son intérêt. Évidemment, on se doute assez rapidement du souci de santé que Maxine devra affronter. Mais on remarque qu'Angelina Jolie est coproductrice du film. Elle est donc évidemment très concernée par ce qu'il véhicule, en particulier vis-à-vis de la santé de son personnage.


Finalement, Alice Winocour n'a pas besoin d'une succession de longues séquences pour nous faire sentir l'essence des situations qu'elle choisit ainsi que les personnalités de celles et ceux qu'elle met en scène. C'est tout juste si on peut lui reprocher d'alterner les points de vue sur ses personnages principaux et de nous laisser sur une fin ouverte qui nous fait deviner (ou non) ce qui leur arrivera par la suite.


La façon qu'a Maxine de discuter (quand elle parvient à la joindre) avec sa fille adolescente restée aux États-Unis est aussi émouvante que révélatrice. Elles s'aiment mais ont chacune leur vie. Soudain, Maxine réalise qu'elle souhaite la voir bien davantage et ne sait pas comment lui expliquer la nouvelle donne. Elle se satisfera ponctuellement d'une petite aide à distance. D'autre part, sachant sa vie à un tournant, elle se montre aussi maladroite qu'émouvante vis-à-vis de son assistant sur le tournage (Louis Garrel) ce qui nous vaut quelques scènes sur le fil, avec malentendus et confidences timides. Sans oublier qu'Ada se sent finalement relativement proche de sa maquilleuse (Ella Rumpf) qui voit tout ce petit monde d'un œil suffisamment extérieur pour avoir l'envie d'en conserver une trace écrite qui lui est chère. Mais, l'écriture n'est pas son domaine propre, elle l'aborde avec sincérité mais une inexpérience criante qui lui vaut un retour d'impression qui la met dans tous ses états. On peut néanmoins imaginer que le film soit une adaptation de son œuvre.


N'oublions pas la façon dont Paris est montrée, avec la maison de haute couture et son escalier typique où de multiples miroirs symbolisent bien les multiples facettes du film et de ses personnages. Et les lieux, prestigieux, où les mannequins défilent permettent une véritable mise en scène. Tout cela pouvant s'écrouler sous l'effet d'une tempête soudaine qui nous vaut quelques très belles images.

Electron
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le 23 déc. 2025

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