On attendait avec impatience ce dernier film d'Alice Winocour, après son excellent Revoir Paris en 2023 (qui valut à Virginie Efira le César de la meilleur actrice). Pour son cinquième long-métrage, la réalisatrice et scénariste (César du meilleur scénario pour Mustang en 2016) nous plonge dans l'univers de la haute couture lors de la Fashion Week à Paris, avec ses exigences et son agitation fiévreuse.
Elle signe un film fort et émouvant, entre ombre et lumière, où se croisent le destin de 3 femmes d'horizon divers, à la fois ambitieuses, déterminées mais fragiles, qui tissent des liens insoupçonnés par le hasard de leurs histoires soumises à bien des aléas et des déconvenues.
Dans ce monde à paillettes, d'apparences et de légèreté, Alice Winocour aime à nous faire connaître en contraste l'envers du décor, par le récit de la vie des top modèles, des couturières et des maquilleuses qui gravitent autour de cet événement prestigieux, filmé avec justesse et authenticité dans les locaux de Chanel.
Pourtant le film conducteur du scénario vient d'une personne extérieure à ce monde, la grande réalisatrice américaine Maxine Walker. Chargée de tourner le film inaugural de la manifestation, Maxine reçoit le soutien indéfectible de son chef opérateur Anton, lorsque l'existence de Maxine bascule brusquement dans la maladie et les interrogations terribles qui en découlent.
Interprétés par magistralement par Angelina Jolie (un rôle très personnel pour une actrice qui a subi une double mastectomie) et Louis Garrel, le lien entre les deux personnages marque sans conteste une des réussites du film.
Le deuxième personnage féminin clé du film est Ada, le top modèle d'origine Soudanaise que Maxine choisit pour son film, interprétée par une étonnante Anyier Anei, qui affirme sa présence unique par une certaine candeur mais aussi une grande détermination. A lui seul, ce choix lumineux de la réalisatrice, parmi des centaines d'autres mannequins, lui permet de mettre en évidence la vie difficile des top modèles et plus particulièrement celui d'Ada, ses origines et son histoire, fortement inspirés de celui de l'actrice, ce qui ancre avec force le film dans la réalité.
Le troisième destin féminin que la réalisatrice met en scène est celui de la maquilleuse Angèle, cette petite main qui va de galère en galère sur les plateaux, et à qui Maxine va être la première à se confier. Angèle, très bien jouée par Ella Rumpf (remarquable en 2025 dans Des preuves d'amour), a une toute autre ambition : écrire sur la vie réelle des top modèles dont elle recueille les confidences. Mais ce qu'on lui reproche, avec sarcasme et bêtise, en dit long sur la volonté de la réalisatrice de mettre en exergue le contraste entre paillettes et réalité de leur condition, c'est très bien vu.
Le scénario du film est également complété par la présence efficace de Vincent Lindon, dans le personnage du docteur Hansen, un second rôle peu habituel pour lui, mais où il excelle ici par sa capacité à accompagner Maxine avec la gravité et le professionnalisme nécessaires.
Sans être féministe, Coutures est un film de femmes, où les actrices mettent une partie de leurs cœurs pour nous faire ressentir avec sensibilité les histoires des protagonistes du monde impitoyable de la Haute Couture, entre succès et déceptions, et qu'elles tentent de recoudre. La mise en scène croisée des destins emporte l'adhésion et l'émotion du spectateur, rendant ce film incontournable, d'autant qu'il est doté d'un casting de premier plan.
Dommage qu'il soit diffusé de manière plutôt confidentielle sur nos écrans !