Donald Morton fait d’immenses efforts pour s’intégrer dans la société. Il persiste à conduire des taxis avec un succès mitigé et il anime un groupe d’autistes. Lui-même est Asperger et c’est un génie des chiffres. Un jour, il rencontre une nouvelle venue ; une fille étrange mélangeant une sensibilité surhumaine à un comportement provocateur et asocial. Pourtant, ses éclats émotionnels se brisent contre la douceur du jeune homme.
L’autisme, qu’il soit Asperger ou autre, est une particularité cérébrale improprement appelée maladie. Les œuvres décrivant cette condition sont rares et précieuses, à l’instar de ce film. Mozart and the Whale est un film biographique réalisé par Petter Næss, un acteur de théâtre passé derrière la caméra.
Signalons le titre français débile « Crazy in love » qui n’est même pas une traduction française. Le titre original « Mozart and the Whale » a un sens dans l’histoire, et il faut encore regarder du côté des Québécois qui, eux, ont fait un travail correct en traduisant simplement le titre par « Mozart et la baleine ».
Le jeu de Josh Hartnett est remarquable. Ce talentueux acteur parvient à reproduire avec brio les expressions corporelles d’un autiste : dandinement d’un pied sur l’autre, expressions de stress intérieur et regard qui évite le contact direct. Idem pour sa diction, l’hésitation et les flots de paroles sont véridiques. En revanche, son obsession des chiffres et ses capacités sidérantes de calcul peuvent paraître caricaturales. À côté de lui, le personnage de Isabelle Sorenson est très étrange. Hystérique, extravertie, provocatrice, elle connaît des épisodes d’empathie surhumaine (notamment avec Bronwin) qui contrastent avec des accès émotionnels incontrôlés et des comportements asociaux. L’actrice Radha Mitchell qui lui donne vie s’efforce de fournir toutes ces émotions épuisantes et passe la majeure partie de ce film à hurler. Pour de l’autisme, ce comportement est très bizarre, voire caricatural.
Ben non. Les personnages de Donald Morton et Isabelle Sorenson sont rigoureusement calqués sur Jerry Newport et Mary Meinel, diagnostiqués tous deux Asperger. Jerry était effectivement un calculateur génial, et le comportement de Mary Meinel présente des symptômes comparables à ceux du Trouble de la Personnalité Borderline. Par ailleurs, le film n’insiste pas assez sur les incroyables talents de musicienne de cette dernière.
L’histoire, si elle obéit aux règles de la romance, reprend les évènements de la vie de ce couple en en accélérant juste le tempo. Le couple a traversé de nombreuses crises, avec notamment une gestion difficile du quotidien. Ils se sont effectivement séparés, puis retrouvés. La scène d’Halloween est authentique, et elle donne tout son sens au titre original. Apparemment, les personnages du groupe d’autistes rassemblent plusieurs personnes réelles de l’entourage du couple Newport.
Mozart and the Whale est une jolie romance, mais c’est surtout un passionnant témoignage. Les difficultés relationnelles ainsi que celles de la vie quotidienne des personnes autistes y sont montrées sans fard ni violon. C’est un enseignement riche pour les gens classiques qui peuvent dès lors mesurer l’abîme qui les sépare. Ainsi, ils seront plus à même de s’adapter à ces personnes différentes, et l’effort sera enfin partagé. À voir pour apprendre.