Au moins Kaurismäki a-t-il eu le cran de s’attaquer au chef-d’œuvre — que je ne m’amuserai pas à résumer ici —, avec le souci méritoire d’éviter l’adaptation-reconstitution. Mais ce qui était percutant sous la plume de Dostoïevski ne convainc pas devant une caméra, en dépit de quelques scènes intéressantes, principalement l’ouverture et les scènes d’interrogatoire — mais plus je vois des scènes d’interrogatoire dans des films, plus je me dis que ce n’est pas si difficile à réussir.
Le roman baigne dans l’intelligence et la folie, là où le film est plein d’intelligence et de rigueur, d’où ses limites, dont il serait cependant malvenu de chercher le responsable. D’ailleurs, c’est quand le film se décoince un peu, une quinzaine de minutes avant la fin, que se trouve la meilleure scène — une errance en voiture dans Helsinki (?) sur fond de “Love Her Madly” des Doors.