Premier long-métrage de Kleber Mendonça Filho, Crítico (Critique), réalisé en 2008, est un documentaire centré sur le discours critique et sur les conditions dans lesquelles il s’énonce. Le film donne la parole à des critiques de cinéma, des cinéastes, des acteurices – plus rarement à d’autres acteurs du champ cinématographique – de plusieurs pays du monde (particulièrement le Brésil, la France et les États-Unis). Il s’agit d’une succession de propos recueillis entre 1998 et 2007 lors d’entretiens réalisés dans des contextes non précisés (parfois des festivals, souvent des lieux plus intimes) ou lors de prises de parole directes (émission de radio, débats, conférences, conversations de couloirs).
Cette attention portée à la parole critique n’est pas fortuite : Mendonça Filho a lui-même été journaliste et critique de cinéma pendant de nombreuses années avant de se consacrer pleinement à la réalisation, ce qui éclaire la position d’observation adoptée par le film sans que celui-ci ne verse dans l’autobiographie – même si « toute critique est une forme d’autobiographie », comme le dit dans le film Fernanda Torres citant Oscar Wilde.
Aucune voix off ne vient guider le spectateur, et le film ne formule pas de thèse explicite. Mendonça Filho organise un montage de paroles, laissant apparaitre les différentes manières de parler du cinéma, de le juger, de le penser, mais aussi les diverses façons dont chacun appréhende la parole de l’autre (positivement, négativement, avec crainte, détestation, compréhension…). Le montage est habile, car il permet des confrontations intéressantes entre les propos tenus par les uns et les autres.
Ces propos sont entrecoupés d’extraits de films, et surtout de courts-métrages à vocation pédagogique ou scientifique, mobilisés pour illustrer des mécanismes du mouvement, du regard et de la perception visuelle, avec, comme souvent chez Mendonça Filho, une attention à la matérialité filmique – bobines, projecteurs, mais aussi revues critiques, salles de cinémas… Ces images, qui créent parfois des effets d’écho amusants avec les paroles prononcées, replacent la réflexion critique dans un cadre matériel : celui du fonctionnement même du cinéma comme dispositif optique et temporel.
Crítico ne cherche ni à défendre ni à attaquer la critique de cinéma. Il en propose une observation distanciée, en juxtaposant des discours sur le cinéma et des images qui en rappellent les principes physiques et perceptifs. Le film expose ainsi, sans commentaire explicatif, les relations possibles entre parole critique, regard et dispositif cinématographique.