Comment expliquer le succès de ce film qui n'a que très peu de qualités cinématographiques ? Pour moi, c'est simple : un concept commercial parfaitement calibré pour son audience, et lâché avec un parfait timing.
L'audience de l'époque :
Dans les années 80, il n'y avait pas d'embouteillages d'avions transportant des centaines de millions de touristes en quête de « voyages d'agrément » internationaux, on ne trouvait pas les memes chaînes d'hôtels et de restoration de masse au travers le monde. Et les gens ordinaires ne voyageaient pas. Pour un Français, par example, voyager c'était aller en Bretagne ou en Gironde, au village vacances familles ou, au mieux, dans une location trouvée dans les petites annonces. Dans ces conditions de vie, l'Australie, c'était pour les gens en 1986 le bout du monde. Les normies s'étaient forgé toutes sortes de mythes sur ce pays. Ce n'est que bien des années plus tard que la population a découvert que, en réalité, les Australiens étaient les plus gros cons de tout le Commonwealth, un type de white-trash américain dix fois plus bête et méchant. Donc, pour le spectateur moyen de 1986, une idée comme celle-ci le transportait dans un monde d'exotisme et de rêves.
La compétition :
En 1986, les films à l'affiche étaient rares : Top Gun, Aliens, Platoon, Cobra avec Stallone, et les Français sortaient leurs drames psycho-sexuels prétentieux comme 37,2 le matin et autres films d'auteurs hysteriques… Mais le public, lui, réclamait un nouveau film dans le style d'Indiana Jones ; il y avait eu À la poursuite du diamant vert, Allan Quatermain, mais ces films étaient des copycats, ils n'étaient pas véritablement conceptuels. Par contre il y avait eu Les Dieux sont tombés sur la tête, une comédie burlesque qui se passait en Afrique du Sud, et qui etait une sorte de "Tarzan à New York" sauce aborigene, et ça avait cartonné mondialement.
Le concept :
Les producteurs se sont dont dit "Ok, l'Afrique du Sud a marché à mort, et c'est maintenant deja fait. Alors, si on prenait l'Australie ?". Ils ont donc imaginé leur formule : « Indiana Jones rencontre Les Dieux sont tombés sur la tête/Tarzan à New York".
Une fois ce concept choisi, les auteurs n'ont pas eu besoin de se fouler: ils sont parvenus à la création d'un personnage iconique juste en en melangeant deux personnages phares: Indiana Jones + le cliché du blanc elevé chez les sauvages (en gros, Tarzan). C'est tout. Point final. Le chapeau, le gilet, les dents de croc : c'est l'amalgame entre les deux personnages dont les auteurs se sont inspirés. Ce qu'aujourdhui n'importe quelle intelligence artificielle vous ponderait si vous le lui commandiez. Indiana Jones avait un fouet, Dundee un couteau. Tarzan tuait des lions, Dundee des crocos. Et au-delà de cette idée, il n'y a eu besoin de rien faire de plus.
Pour la trame, les auteurs se sont dit "la moitié se passe dans la jungle, et la moitié à New York, comme ça on a de quoi remplir un long-métrage, première partie paysages et chasse aux crocos, deuxième partie comique de situation façon Tarzan à New York ». Et c'est tout. Ça s'arrête là. Voilà, c'était parfait.
Le film fini:
Pour le reste, le scénario contient un seul gag (le fameux « Ça, c'est un couteau ») et quelques tentatives j'm'en foutistes pour arracher un demi-sourire ici et là. C'est d'une paresse incroyable. Quant à la réalisation, c'est sans doute l'une des comédies les plus fades, les plus mollassonnes, et les moins drôles que j'aie jamais vues, tout est mis en scène avec un timing absolument inexistant. Mais tout cela est sans importance, puisque les auteurs tapaient avec leur produit dans un public cible extremement disponible.
En conclusion, voici un exemple classique pour tout producteur ou réalisateur en herbe : inutile de se donner à fond pour faire un film. Un travail bâclé et des efforts médiocres suffisent amplement à faire fortune, pourvu qu’il y ait UN SEUL élément qui reponde au desir d'immagination du public du moment.