Cuisine et Dépendances est un film de contrechamps. On ne s’intéresse pas à l'invité principal que l'on ne montre jamais mais on se concentre sur les réactions des convives à ce personnage mystère, la caméra montre souvent celui qui écoute et non celui qui parle. De même, le film ne se déroule pas dans la salle à manger mais dans la cuisine, sorte de coulisses du diner où l'on cesse de jouer son rôle, coulisses où les vérités sont assénées avec malice et violence. Si ce film est l'adaptation d'une pièce de théâtre, ce qui se remarque sur certains points, il garde selon moi des aspects intéressants d'un tel portage comme la bonne utilisation d'un espace restreint et unique, tout en ajoutant des très bonnes idées de mise en scène notamment sur les palettes de couleurs avec les tons bleus et froids du balcon dans lequels un Bacri observateur se fond avec sa chemise.


Ainsi le film se déroule et on prend plaisir à voir les masques tomber à mesure que les hôtes perdent le contrôle sur leur petite soirée bourgeoise. La mise à nue progressive des personnages est vraiment savoureuse ce qui m'amène au point fort de ce film : c'est très drôle ! On bouffe, on colpe, on s'engueule ... pas mal non ? c'est français ! C'est franchement bien rythmé et certains acteurs atteignent des performances qui m'ont charmé (Bacri bien sur mais aussi une Zabou Breitman hilarante et très juste dans son rôle de bourgeoise au bord de la déprime).


Alors oui, les archétypes de comédie sont ici pleinement réutilisés et on sait d'avance quelle sera la suite de l'histoire ou la véritable nature des personnages mais est-ce pour autant un problème ? Comme dans la matière Balzacienne, l'usage d'archétypes et de caractères permet en réalité d'abstraire un regard anthropologique plus universel et en même temps plus sincère. Oui ce n'est pas le genre de film capable de nous donner un frisson rien qu'avec un cadrage, une émotion rien qu'avec un montage, mais c'est toujours compliqué de noter une comédie. Doit-on simplement noter un taux de rire par heure ? Selon moi ce serait réducteur. Une bonne comédie est justement capable de jongler entre les moments d'hilarité et de profonde mélancolie, voire de souffrance. Et ici c'est réussi, entre autre grâce à ce travail de contrechamp évoqué plus tôt, mais aussi par le jeu des acteurs capables d'exprimer des émotions aussi complexes et distinctes et pourtant souvent complémentaires.

adequatre
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Top 10 Films

Créée

le 4 mai 2026

Critique lue 7 fois

adequatre

Écrit par

Critique lue 7 fois

1

D'autres avis sur Cuisine et Dépendances

Cuisine et Dépendances

Cuisine et Dépendances

8

chinaskibuk

210 critiques

Bacri Show

J'ai mis le temps avant de m'exprimer sur le décès de Jean-Pierre Bacri, peut-être un peu mon côté "bougon" ou plutôt qui ne veut rentrer dans le moule. Je m'y prends un peu tard avec un vrai...

le 26 janv. 2021

Cuisine et Dépendances

Cuisine et Dépendances

8

lessthantod

1067 critiques

Un dîner qui tourne au vinaigre

Dès leur première incursion au cinéma, le duo Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri (scénaristes et protagonistes) a fait fort avec cette excellente adaptation cinématographique de leur pièce du même nom...

le 6 sept. 2023

Cuisine et Dépendances

Cuisine et Dépendances

8

Gand-Alf

2256 critiques

Règlements de comptes autour d'une bûche en plein mois de juin.

Avant d'exploser auprès du grand public grâce aux succès de "Un air de famille" et "Le goût des autres", le duo Agnès Jaoui / Jean-Pierre Bacri adaptait sa propre pièce à succès avec la complicité de...

le 31 juil. 2013

Du même critique

Les Grands Espaces

Les Grands Espaces

10

adequatre

40 critiques

légranzéspas

S'arrêter aux Colts, aux mustangs et aux mexicains dans les Westerns est souvent une erreur et ce film en est la meilleure illustration. Comme dans tous les bons Westerns, on retrouve l’esthétique...

le 20 avr. 2026

Le Retour du Jedi

Le Retour du Jedi

3

adequatre

40 critiques

Le Jedi est une espèce en voie d'extinction !

En dehors du traitement de la tentation de Luke pour le côté obscur et des combats au sabre laser qui pour une fois sont bien rythmés et signifiants, il n'y a rien à garder pour cet épisode final de...

le 31 mai 2026

Conte d'été

Conte d'été

9

adequatre

40 critiques

La Blonde, la Brune, et la remplaçante

"L'amitié c'est sérieux, peut être plus que l'amour." Avant d'en arriver à cette phrase centrale (littéralement au milieu du film) qui apparait comme à la fois la clé de voute de l'architecture de...

le 29 juil. 2026