Cyborg
4.3
Cyborg

Film de Albert Pyun (1989)

Le grand écart le plus iconique de l'histoire du cinéma

Je vais être honnête dès le départ : cette critique manque cruellement d'objectivité.
Certains diront même qu'elle a été écrite par un gamin des années 80 qui a usé sa VHS de Cyborg jusqu'à ce que la bande magnétique demande sa mise à la retraite. Ils n'auraient probablement pas tort.
J'ai découvert le film sur Canal+ peu après Bloodsport et Kickboxer. À cette époque, Jean-Claude Van Damme n'était pas simplement un acteur d'action. C'était une force de la nature capable de résoudre à peu près n'importe quel problème à coups de high-kicks. Depuis, les années ont passé, les goûts ont évolué, mon regard sur le cinéma s'est affiné... et pourtant Cyborg continue de me faire exactement le même effet.

J'adore ce film.

Voilà, c'est dit.
Et ce qui est agaçant, c'est que même en essayant d'être raisonnable, il continue de résister à mon esprit critique avec l'obstination d'un pirate post-apocalyptique refusant de mourir après le troisième coup de machette.
Pourtant, sur le papier, rien n'était gagné.
Avec un budget estimé à environ 500 000 dollars, Cyborg aurait pu rejoindre l'immense cimetière des sous-produits post-apocalyptiques oubliés depuis longtemps. Au lieu de cela, Albert Pyun parvient à construire un univers qui possède davantage de personnalité que certaines productions modernes disposant de moyens suffisants pour financer le PIB de plusieurs petits États.
Dès les premières minutes, le ton est donné. Le monde est en ruine, la peste ravage l'humanité, l'espoir semble avoir quitté les lieux depuis longtemps et la voix de Fender nous explique gentiment que l'avenir est à peu près aussi réjouissant qu'un week-end dans une décharge radioactive.
Puis vient l'arrivée de Pearl dans une ville dévastée où deux corps mutilés sont exposés comme des trophées. Fender apparaît, décapite un homme presque machinalement, et quelques instants plus tard Gibson Rickenbacker débarque avec un high-kick en pleine tête d'un pirate.

Présentation de l'univers : terminée.
Présentation du méchant : terminée.
Présentation du héros : terminée.
Temps écoulé : quelques minutes.

Pendant ce temps-là, certains blockbusters modernes sont encore en train de présenter le meilleur ami du voisin du cousin du personnage secondaire.
L'une des qualités que j'apprécie le plus dans Cyborg est justement cette efficacité permanente. Le film raconte énormément de choses avec très peu de dialogues.
La scène du ballon en est probablement le meilleur exemple. Gibson est un homme hanté par sa vengeance, mais il reste incapable de regarder une injustice sans intervenir. Quelques secondes suffisent à définir son personnage bien mieux que de longues tirades explicatives.
Face à lui se dresse Fender Tremolo, interprété par Vincent Klyn.
Et quel méchant.
Fender ne semble jamais entrer dans une scène. Il apparaît, terrorise tout le monde, prononce une phrase inquiétante, massacre quelqu'un et repart comme si l'apocalypse lui appartenait personnellement.
Son objectif est simple : récupérer le remède afin d'obtenir le pouvoir d'un dieu.
Rien que ça.
Dans n'importe quel autre film, cela pourrait sembler ridicule. Ici, étrangement, ça fonctionne parfaitement. Grâce à son physique imposant, son regard inquiétant et son charisme naturel, Fender devient rapidement l'un des grands atouts du film. Cyborg ? Humain ? Démon échappé d'un cauchemar post-apocalyptique ? Le film ne répond jamais vraiment et c'est probablement mieux ainsi.
Autour de lui gravite une bande de pirates tous plus mémorables les uns que les autres. Un détail qui paraît anodin mais qui fait toute la différence. Combien de films d'action possèdent des sbires totalement interchangeables ? Ici, chacun possède son apparence, sa personnalité et sa présence à l'écran.
Pearl Prophet, incarnée par Dayle Haddon, est sans doute le personnage le moins développé du groupe. Chercheuse transformée en cyborg afin d'acheminer les données permettant de créer un remède contre la peste, elle agit davantage comme un objectif à atteindre que comme un véritable personnage. Soyons honnêtes, une fois son rôle exposé, elle ne fait pas grand-chose d'autre. Mais le film a au moins la bonne idée de ne jamais prétendre le contraire.
À l'inverse, Nady Simmons, interprété par Deborah Richter, me paraît souvent sous-estimée.
Derrière son apparente fonction de simple accompagnatrice, elle représente peut-être ce qu'il reste de plus humain dans cet univers. Là où Gibson ne pense qu'à sa vengeance et Fender à son ambition démesurée, Nady continue de croire qu'il existe encore quelque chose à sauver.
Sa réaction face aux massacres perpétrés pour s'emparer d'un simple bateau ou encore cette scène sur la plage où elle profite simplement d'un moment de liberté montrent un personnage qui refuse de laisser ce monde lui voler complètement son humanité.
J'ai toujours beaucoup aimé ce passage. Certains y verront simplement une parenthèse dans le récit ou bien même encore une simple scène ne nudité gratuite. Moi j'y vois surtout quelqu'un qui profite des derniers plaisirs simples encore accessibles dans une civilisation en train de s'effondrer.
Dans un univers où tout semble condamné, Nady rappelle constamment pourquoi il vaut encore la peine de se battre.

Mais ce qui me fait revenir vers Cyborg encore aujourd'hui, c'est avant tout son atmosphère.
Cette impression permanente que le monde est déjà mort et que les survivants errent simplement dans ses ruines.
Les villes abandonnées.
Les usines désaffectées.
Les marécages.
La peste.
Les crucifixions.
Les massacres commis pour un bateau.
Les suggestions de probable cannibalisme.
Cette femme malade dont les hurlements déchirent la nuit.
Tout contribue à créer un univers d'une brutalité remarquable pour une production aussi modeste.

Visuellement, le film est également bien plus soigné qu'on ne le prétend souvent.
Les éclairages bleutés sont magnifiques et confèrent parfois à certaines scènes une dimension presque onirique.
La séquence de l'usine suivie de la traque dans les égouts reste d'ailleurs l'un des grands moments du film.
Et puis il y a LE plan.
Le plan que tous ceux qui ont vu Cyborg gardent quelque part dans un coin de leur mémoire.
Gibson attend sa proie suspendu à plusieurs mètres du sol dans un grand écart ( probablement le plan de grand écart le plus marquant, pour moi en tout cas, de la carriére de notre Jean-Claude ) défiant simultanément les lois de la gravité, de l'anatomie humaine et probablement plusieurs règlements de sécurité.
En contrebas, Ralph Mauler avance dans l'obscurité avant de lever les yeux et de découvrir Van Damme au-dessus de lui, découpé dans un superbe éclairage bleuté. Quelques secondes plus tard, la lame courbe de Gibson s'abat et l'exécution se déroule hors champ.

C'est excessif.

C'est improbable.

Et c'est absolument génial.
À lui seul, ce plan résume parfaitement ce qu'est Cyborg.
Les scènes de combat méritent également tous les éloges. Van Damme est ici dans une forme physique exceptionnelle et cela se ressent dans chaque affrontement. Les coups sont lisibles, les impacts convaincants et les chorégraphies particulièrement efficaces.
Mention spéciale à la bagarre dans l'immeuble en ruine et à son fameux coup de pied retourné utilisant la lame cachée dans la chaussure de Gibson. Même aujourd'hui, la scène conserve une efficacité redoutable.

La musique composée par Kevin Bassinson accompagne parfaitement l'ensemble. Mélancolique lorsqu'il le faut, inquiétante quand nécessaire, elle participe grandement à l'identité du film et à cette sensation de parcourir un monde condamné.
Bien sûr, tout n'est pas parfait.
Les flashbacks cassent parfois le rythme et offrent surtout l'occasion d'admirer une perruque collée sur la tête de Van Damme qui constitue probablement l'un des plus grands crimes capillaires de la décennie.
La fin arrive un peu brutalement.
La logique géographique du voyage final semble parfois avoir elle aussi contracté la peste.
Et certains bruitages ont aujourd'hui un petit parfum de sketch des Inconnus.
Mais honnêtement ?
Je m'en moque complètement.
Parce que malgré tous ses défauts, Cyborg possède quelque chose que beaucoup de films techniquement supérieurs n'ont jamais réussi à obtenir : une véritable personnalité.

Note : 7,9/10

Trente-sept ans après sa sortie, Cyborg continue de diviser. Certains n'y verront qu'une série B fauchée portée par un Van Damme en pleine ascension. Pour ma part, j'y vois un film bien plus riche qu'il n'y paraît.
Derrière ses moyens limités se cache une œuvre sincère, portée par une véritable identité visuelle, une atmosphère marquante et des personnages mémorables. Albert Pyun ne révolutionne peut-être pas le cinéma post-apocalyptique, mais il parvient à créer un univers qui possède sa propre personnalité, et c'est déjà beaucoup.
Peut-être que la nostalgie joue un rôle dans l'affection que je lui porte. Ce serait malhonnête de prétendre le contraire. Mais lorsqu'un film continue à procurer le même plaisir après plusieurs décennies et d'innombrables visionnages, c'est sans doute qu'il a réussi quelque chose.
Et si le véritable remède aux malheurs de ce monde était finalement une bonne vieille série B post-apocalyptique avec Jean-Claude Van Damme, quelques pirates psychopathes et un grand écart suspendu dans un égout ?
Non, je ne prétendrai jamais que Cyborg est le plus grand film de science-fiction de son époque.
En revanche, je défendrai sans hésiter l'idée qu'il est l'un des plus attachants.
Et si cette affirmation relève de la mauvaise foi, alors je plaide coupable sans la moindre intention de faire appel.

docjester
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le 25 juin 2026

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docjester

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