J’aime beaucoup le cinéma d’Agnès Varda. Et même dans ce film, y a beaucoup de choses que j’aime. Ce droit à la parole notamment, de la part de tous ces gens, ces anonymes. Le teint de la photographie est plutôt beau qui plus est, souligne le caractère totalement nostalgique du film de Varda.
Mais le problème, c’est que le film est tellement personnel qu’il en devient trop ésotérique. Varda n’a pas réussi à me captiver comme elle le réussit habituellement. Je me suis donc passablement ennuyé, et j’y ai vu peu d’intérêt finalement pour un film documentaire.
Cependant, certaines séquences sont réussie. Le festival de magie, notamment. Il y a quelque chose qui relève presque du cinéma de Lynch, c’était assez hypnotique. « Il va balayer les certitudes rassurantes » et il « va endormir un monde déjà immobile » dit Varda à ce moment. Le monde de Paris a-t-il besoin justement d’un enchanteur, un Paris devenu si morne, si certain, si statique ? Car Varda dit des choses sur Paris malgré tout, sur son évolution. Le montage est très réussi, et les dernières minutes sont très déconcertantes, et sont à nouveau très lynchéennes.
Et ce magasin, malgré tout, il s’en dégage quelque chose d’assez beau. Comme s’il était préservé, comme s’il était la relique d’un monde révolu. Et j’ai ressenti une émotion de nostalgie… la nostalgie d’une époque que je n’ai pourtant pas connue. Et c’est une réussite de mise en scène. Un hommage à la France, la vraie France, la France qui s’efface au profit d’une uniformisation… Et Varda, dans beaucoup de ses films, a voulu filmer la vraie France, non pas une France fantasmée, mais la France formée de tous ces anonymes, de tous ces citoyens anonymes même, à qui elle rend hommage ; et il y a si peu de réalisateurs qui rendent hommage à ces anonymes !
Ce n’est pas un film mauvais ou raté. Son caractère ésotérique m’a peu palpité, et Varda n’a réussi que trop rarement à capter mon attention, ou à m’émouvoir. Quelques séquences sortent du lot, et le sentiment de nostalgie a fini par m’atteindre à certain moment… mais pour le reste, je suis malheureusement resté extérieur. Il n’en reste pas moins touchant parfois tant on sent que le sujet touche Varda et que ce film est important pour elle. Un exercice singulier, dont il serait difficile de dire s’il est réussi ou non.