C'est un documentaire très original auquel nous avons droit ; Agnès Varda filme la vie des commerçants de la rue Daguerre, à Paris, où elle vit encore, entre 1975 et 1976.
Avec près de 40 ans de distance, ce qui frappe, c'est que cette catégorie de gens ont tous l'air de sortir d'un passé très lointain, car ce sont surtout des gens qui paraissent très sympathiques, proches de leurs clients (qui sont un peu des tauliers), mais j'ai l'impression que Agnès Varda les filme à la fois avec amour et comme un témoignage du temps passé.
La plupart de ces gens sont âgés, et on les voit comment ils ont commencé leurs carrières, où ils sont nés (aucun d'entre eux est originaire de Paris, ils viennent de Tunisie, de Nantes, Bourgogne ou sont Bretons), et il y a un joli moment sur leur rencontre avec leurs futur(e)s époux(ses).
Le film est entrecoupé d'une rencontre avec un magicien, qui vient apporter un peu de joie aux enfants de la rue, avec des tours de magie où ceux-ci sont souvent impliqués.
Il y a aussi une idée de génie, peut-être inconsciente, mais qui m'a beaucoup touché ; c'est que ces gens sont très souvent filmés en gros plan, et à part savoir le fait que la rue Daguerre se trouve à Paris, on ne peut pas deviner une seconde qu'on est dans la capitale. C'est dire l'universalité de ce documentaire, qui pourrait aussi bien se situer dans un petit village, où il se crée une vraie communauté entre ses habitants et les commerçants.
Le film est narré par Agnès Varda, qui intervient au fond assez peu, et je le disais, c'est un cri d'amour à ces petites gens auquel on a droit.
Voir ce documentaire presque 40 ans plus tard a quelque chose de touchant, car ce type de commerces de proximité n'existe pratiquement plus.