Danger Dave ou la dérive finale d’une carrière professionnelle qui a déjà trop duré : en filmant avec obstination cinq années durant le skateur David « Danger Dave » Martelleur au cours de ses galères et de ses (nombreux) échecs, le réalisateur Philippe Petit accouche d’une œuvre bizarre, plus proche finalement de la fiction que du documentaire programmatique, film cousin de I’m Still Here à bien des égards.
La grande force du film se situe dans le parcours parallèle de deux personnages au milieu du réel, qui, par le truchement de la caméra, confrontent leur regard l’un sur l’autre. D’un côté, le plus démonstratif, l’inspection d’un délabrement, l’accompagnement contemplatif d’une image en fin de vie, le réalisateur observant la mort progressive de son sujet (à laquelle l’obsession scopique ne paraît pas étrangère) installant un malaise certain dans le regard devenu témoin du spectateur. De l’autre versant, peut-être plus intéressant, se trouve Danger Dave se retournant contre le film et se l’appropriant en retournant, au propre comme au figuré, le champ cinématographique, histoire de bien signifier la mutualisation de l’échec, le sur-place fait par la narration en même temps que son renversement, la prise de conscience de l’image qui le fait aller contre le film.
Une belle idée donc, malheureusement pas assez creusée et quelque peu desservie par les résidus de l’imagerie « cool » qu’entraîne avec lui l’imaginaire du milieu du skate, donnant un résultat crade un peu trop propre.