C’est une fin de règne, le crépuscule d’une idole, une renaissance, une résurrection. Coté comédie, beuveries et retards au démarrage, pannes d’oreillers et soirées trop arrosées. Coté tragédie, la rupture des ligaments croisés, les entorses, les fractures et le corps du skateur qui ne veut plus suivre la cadence. La déchéance d’un danseur ivre de chorégraphies enivrées. Le Kung Fu de l’homme ivre. L’histoire d’un ermite cherchant à fuir l’éternité.
Et dans le miroir, l’autre qui filme. Faux jumeaux, vrais gémeaux, l’homme à la planche et l’homme à la caméra se substituent graduelement pour ne plus faire qu’un.
Premier degré : l’ultime non film de skate. Mais les parenthèses de glisse sont époustouflantes. Au-delà de la pochade, le sentiment troublant de retrouver à l’écran comme le doppelganger de Pacôme Thiellement. Pour ceux qui connaissent les écrits vertigineux de l’érudit exegète de Twin Peaks ou de Lost, il y a comme un sourire philosophique. Danger Dave est ce moine mystique qui redécouvre dans sa quête un savoir perdu, dans la forêt des pins de Douglas.
David Marteleur n’est pas un anti-héros, il est le véritable Héraut d’une chevalerie à roulette. Don Quichotte filmé par son pote de la panse. Sur la musique de M83. En lumière naturelle.
Et en le revoyant, le film se révèle un puissant antidépresseur. Maladroit, cabotin, humain, trop humain. Et puis des gags. Pas seulement du burlesque. Un vadémécum. Un journal intime. Une saison en Enfer, au Paradis, des années de Purgatoire. Vous n’êtes pas obliger d’aimer le skate pour voir ce film. Vous ne pourrez jamais plus y penser de la même manière après l’avoir vu.