The Believer raconte l’histoire de Danny Balint, néo-nazi américain… et juif. Un paradoxe et donc impossible à concevoir mais que le film ose pourtant prendre de front sans détour ni confort moral. Inspiré du parcours réel de Daniel Burros, le film suit ce jeune homme brillant et cultivé, obsédé par la théologie et la pureté idéologique qui va intégrer un groupe fasciste jusqu’à en devenir l’un des leaders tout en se haïssant lui même.
Ryan Gosling état plutôt bon. Il est inquiétant, ce n’est pas un skinhead caricatural, mais un esprit en guerre totale contre lui même.
Là où The Believer se distingue vraiment, c’est dans sa mise en scène brute, presque documentaire. Henry Bean filme comme s’il était dans la rue, au plus près des corps, des regards, des silences gênés. Ça tremble parfois, c’est sec, pas toujours élégant, mais ça dégage quelque chose de très concret. On a l’impression d’assister à des scènes captées sur le vif, sans filtre. Cette approche rugueuse renforce le malaise et l’inconfort du propos, elle colle à la peau du personnage et à l’ambiguïté toxique qu’il incarne.
Évidemment, tout n’est pas parfait. Le scénario est parfois brouillon, le rythme inégal, certaines pistes restent à l’état d’esquisse. Le film hésite entre étude de personnage, pamphlet idéologique et drame intime, sans toujours trancher. Le reste du casting, en dehors de Gosling, peine à exister pleinement. Mais paradoxalement, ce chaos formel colle assez bien à l’état mental du protagoniste instable, incapable de trouver une ligne claire. Le film vacille, mais c’est peut être ce qui le rend si troublant.
Le film est très manichéen. Les positions idéologiques sont souvent présentées de façon frontale, presque scolaire, opposant le "bien" et le "mal" sans toujours laisser place aux zones grises. Les antagonismes sont appuyés, parfois simplifiés, comme si le film craignait de laisser le spectateur seul face à ses propres contradictions. Cette approche affaiblit par moments la complexité du propos. Là où le sujet appelait l’ambiguïté, le doute et l’inconfort moral, The Believer préfère souvent trancher, au risque de lisser ce qu’il explore.
Ce n’est pas un film parfait, ni totalement abouti. Mais c’est un film courageux, habité, profondément troublant. Une œuvre imparfaite mais nécessaire, qui vaut largement le détour pour son sujet frontal et son atmosphère rugueuse.