Prendre le texte fondateur d'Homère pour le plier au cahier des charges du cinéma de Christopher Nolan c'était le pari de cette année 2026.
Et comme d'habitude chez le réalisateur la musique de Ludwig Göransson est présente jusqu'à la nausée. Tartinée de la première à la dernière minute sans laisser le moindre plan respirer. Le cas de la séquence des Sirènes est un cas affligeant, alors que le récit offrait l'occasion parfaite d'instaurer un silence assourdissant au moment où les marins se bouchent les oreilles le film préfère balancer une vieille boucle sonore sans intérêt tuant net toute la tension. Et au lieu de nous laisser dans le mystère de ce chant on nous l'explique. Le montage n'arrange rien oscillant entre l'accélération frénétique et l'impression de voir des scènes scotchées entre elles sans véritable construction dramatique. Heureusement quelques passages sortent du lot et sauvent l'ensemble du naufrage total comme avec la traversée de l'Enfer, l'affrontement dans la grotte du Cyclope et la rencontre avec Circé qui possèdent une vraie gueule.
Mais dès qu'il s'agit de filmer l'action pure, Nolan étale une fois de plus ses limites. La scène finale du massacre des prétendants par Ulysse qui devrait être le sommet de catharsis de tout le film se transforme en un foutoir illisible. La caméra s'agite, le découpage haché rend la géographie de la pièce totalement incompréhensible et les affrontements manquent cruellement d'impact ou de crédibilité dès que les adversaires attaquent à plusieurs. C'est confus, mou et ça gâche ce qui aurait dû être un immense morceau de bravoure.
Côté distribution c'est le grand défilé de stars hollywoodiennes alignées sur l'affiche pour vendre des billets mais dont les trois quarts n'ont absolument rien à jouer. Matt Damon fait le job en Ulysse monolithique et usé mais sans jamais insuffler cette ruse tragique propre au personnage. Charlize Theron et Mia Goth sont réduites à faire de la figuration décorative tandis que Zendaya semble être là uniquement pour ramener ses millions d'abonnés Instagram. Le pire reste le choix de Tom Holland en Télémaque totalement incapable de dégager la moindre émotion ce qui saute encore plus aux yeux lors de ses scènes partagées avec un Robert Pattinson impérial capable d'installer une menace en un seul regard.
En résumé, Nolan a voulu traiter Homère comme une équation mathématique mais la magie du mythe s'est vaporisée en chemin. L'Odyssée version 2026 n'est pas une bouse infâme mais un blockbuster classique trop propre et étouffé par son propre sérieux incapable de laisser place au vertige. Si le spectacle reste efficace par intermittence le goût d'inachevé prédomine largement devant ce gâchis de moyens.
Mention spéciale a l'armure d'Agamemnon qui est très classe surtout quand ils ouvrent les portes de Troie.
Et fuck les racistes et autres avec leur oh mais il est noirs. Oh mais lui c'est une femme normalement. C'est vraie que Ulysse dans l'épopée était du Massachusetts!!! Et c'est une épopée mythologique donc un mythes!!!!!