Polar très sympa sur fond de racisme et de Ray Charles.
Sparta, Illinois. Un policier assez con, Sam Wood (W. oates) tombe à la sortie d'une ruelle donnant sur Main Street sur un cadavre sans portefeuille. Le shériff, Bill Gillespie (R. Steiger), arrive. Expertise à la va-vite, et Bill envoie Sam patrouiller. A la gare, Sam tombe sur un Noir avec de l'argent. Bizarre, ça. Aussitôt vu, aussitôt coffré. Sauf que le Noir, Virgil Tibbs (S. Poitier), habillé comme un G-man, est un expert de la crim' qui était de passage. Horripilé par le racisme rampant, Virgil se barre. Mais avant, Bill fait un geste étonnant : il accepte que Bill jette un oeil sur le cadavre. Manoeuvre intéressée : Bill veut que Virgil tire les marrons du feu sur cette difficile affaire.
La chasse aux indices entraîne ce duo improbable à travers cette Amérique morne et raciste de la cambrousse. VIrgil est à deux doigts de se faire lyncher, mais Bill lui sauve la mise, et tabasse celui qui le traite de "Niggerlover". Après bien des fausses pistes, l'assassin est débusqué et Virgil peut aller prendre le train avec son nouveau copain.
Le duo de flic improbable sur une affaire difficile. Ok, je sais, vous aussi on vous l'a faite un certain nombre de fois. Mais ici c'est assez bien fait, car ils ne sont pas toujours collés ensemble, et Virgil songe plusieurs fois à raccrocher. Evidemment, l'interprétation est fort bonne. S. Poitiers a la bonne idée de ne pas rendre son personnage très sympathique : hautain, plein de morgue, y compris vis-à-vis de ses brothers du sud, avec qui il ne fraye pas, Virgil fait de la rétention d'info auprès de son coéquipier et aime rendre les choses difficiles. De son côté, Bill, avec ses lunettes de beauf, réserve quelques surprises. Attaché à son charisme de shériff local, il fait au mieux, et reconnaît, quoiqu'avec peine, que Virgil fait moins de gaffes que lui.
Le film a aussi tout le charme d'une enquête sur homicide dans une petite ville des Etats-Unis, avec patrouilles la nuit, personnages hauts en couleur : le joueur de billard inculpé, le petit potentat local avec sa serre à orchidées, la nympho/exhibo et son frère puritain, et bien sûr un bon paquet de white trash. La musique mêle du bon blues, de la musique seventies à la flûte traversière et un tube de Ray Charles qui colle bien à l'ambiance, "In the heat of the night".
Un film solide, qui n'a pas besoin, comme on le fait maintenant, de sombrer dans la surenchère pour dénoncer le racisme. Celui-ci est montré à travers tout un tas de petits signes, petites attitudes : le chef de gare qui tire la tronche en voyant Virgil dans son costume, les gamins noirs qui n'en reviennent pas de voir un black aussi bien fringué. C'est à ces petites touches qu'on reconnaît un film subtil.