Dark City
7.4
Dark City

Film de Alex Proyas (1998)

Eternal Darkness of the Clueless Mind

Support: Bluray

Director’s Cut


J’avais envie de l’aimer ce Dark City. C’était déjà le cas il y a une quinzaine d'années, et c’était toujours le cas là. Mais à l’époque comme aujourd’hui, je ne comprends pas l’engouement général pour ce que beaucoup qualifient comme une pépite méconnue rivalisant au coude à coude avec Matrix.

D’ailleurs à ce sujet, balayons les boniments qui fleurissent de parts et d’autres sur la prétendue repompe des Wachowski sur l'œuvre de Proyas. La ressemblance entre les deux œuvres n’est dû qu'aux influences communes dans les comic books et le néo-noir, et à une coïncidence des dates de sortie, la quête christique de Neo étant déjà bien avancée dans sa production lorsque Dark City apparaît dans les salles.

J’avais envie de l’aimer, mais je n’y parviens pas. Non pas que je ne lui trouve pas de qualités, il en a indéniablement, mais je lui prête un fouillis d’idées non maîtrisées qui aboutissent à la vacuité de ses personnages, de ses enjeux, et dans un final en somme de tous ses défauts.


De ma première vision du film, il ne me restait rien. J’étais donc prêt à tout redécouvrir, d’autant plus que j’ai cette fois-ci vu la Director’s Cut, sabrant la voix off explicative d’introduction qui à priori évente totalement la découverte de l’univers. On plonge directement dans l’intrigue, alors que Murdoch (insipide Rufus Sewell) se réveille à côté d’un cadavre, sans souvenir. S’engage alors une course dans l’inconnu où le protagoniste doit recoller les morceaux, fuir les menaçants Étrangers, et percer le secret de cette métropole éternellement nocturne.


Dark City parle avant tout de la construction de l’identité par les souvenirs. Sans eux, nous ne sommes que des coquilles vides errant sans but, facilement manipulables par des marionnettistes de l’ombre. Retracer sa mémoire, c’est s’affirmer en tant qu’individu et pouvoir s’accomplir. Une thématique intéressante, évoquant partiellement The Truman Show, mais lourdement appuyée par la figure du labyrinthe, omniprésente dans tout le métrage, comme représentation des méandres d’un esprit déconstruit. Et si tous les personnages sont victimes d’amnésie sélective, cela explique qu’ils soient tous purement fonctionnels, remplissant les rôles archétypaux qui leur ont été affectés par les Gepetto pâlots. Mais du coup on ne se prend jamais dans le jeu tant ceux-ci sont creux, et le film en pâtit. Quant au final, il semble qu’il y ait une envie de twist, mais celui-ci est flairé dès la première confrontation avec les Étrangers tant le design de leur intérieur ne laisse aucun doute sur leur nature. Ça tombe donc à plat, tout comme la portée philosophique de l’ensemble et l’affect du spectateur.


Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, car si je trouve le traitement du scénario assez vain, je ne peux que m’incliner devant le rendu esthétique du film (hormis la fin, bouillasse assez laide). La ville noire est dense et stylisée, rappelant un mélange entre le Metropolis de Fritz Lang, le Gotham de Burton, et les architectures folles du tandem Jeunet-Caro. Les artères et les buildings respirent l’angoisse et le factice, les jeux d’ombres magnifiant le travail des maquettistes. A côté de ça, les Étrangers sont parfaits, aussi inquiétants dans leur uniformité que dans leur singularité.


J’avais envie de l’aimer, mais cette fois encore Dark City me passe au-dessus. Faussement malin mais réellement singulier dans ses visuels, il est de ses curiosités qui valent le coup d'œil, mais qui me font douter sur mon envie de revoir The Crow. Et au vu du reste de la filmographie de Alex Proyas (I Robot, Prédictions et Gods of Egypt : trois navets), j’ai bien peur que si le haut du panier ne m’enchante pas, ça ne sente le roussi pour les adieux de Brandon Lee.


Créée

le 22 avr. 2024

Critique lue 43 fois

Frakkazak

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3

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