Ce qui flatte immédiatement l’œil dans Dark City, c'est cette esthétique assez proche de celle de The Crow. Une nouvelle fois, le spectateur peut faire une croix sur la lumière du jour. En lieu et place il aura droit à des décors de toute beauté, sublimés par le travail de Dariusz Wolski, et qui seront d'ailleurs réemployés par les frères Wachowski pour Matrix premier du nom.
Sombre, inquiétant, évoluant dans une époque improbable pouvant tout aussi bien être le futur qu'une simple variation des fifties américaines, le récit se révèle lui aussi particulièrement déstabilisant. Ancien clipper de génie, Alex Proyas découpe habilement son film de manière à ce que la tension ne faiblisse jamais.
Une technique payante qui contribue fortement à déboussoler le spectateur déjà privé de ses repères temporels puisqu'il ne fait donc jamais jour dans cette ville. Bref, Dark City est un film qui vraiment ne ressemble à rien de connu. Côté casting, le choix de Rufus Sewell est relativement discutable. Sans être à côté de son personnage, il n'est jamais non plus vraiment dedans. C'est d'autant plus dommage que les personnages secondaires (le docteur, la petite amie - la lumineuse Jennifer Connelly - , le flic...) sont assez peu exploités.
Fort heureusement, l'intrigue est suffisamment intéressante et le film suffisamment rythmé pour permettre de fermer les yeux sur ces petites imperfections. Je conclurais avec l'influence qu'a pu avoir ce film sur d'autres productions. Il fait un peu figure de précurseur à tous ces métrages jouant sur la perception du monde physique dans sa réalité, à l'image de Matrix, eXistenZ... Au final donc, un très bon film de science-fiction aux moyens certes limités (les maquettes sont trop flagrantes en gros plan) mais qui mérite largement le détour pour son scénario, son ambiance, ainsi qu'une intéressante réflexion sur l'homme et la mémoire.