Le cinéma d'horreur japonais a souvent une approche très intéressante de la peur, presque en totale opposition avec ce que l'on trouve dans une grande majorité du cinéma d'horreur occidental ; très peu voir pas du tout de sang, un rythme lent et posé et un minimalisme à toute épreuve. Ce Dark Water, du réalisateur Hideo Nakata, déjà auteur du culte Ringu et de sa suite, ne fait pas exception à la règle.
Dark Water suit les personnages d'Ikuko, une petite fille de cinq ans et sa mère Yoshimi, en plein milieu d'un divorce, emménageant dans un nouvel appartement délabré. Cette situation initiale simple permet au film d'aborder de manière très claire ses thèmes principaux ; la maternité, l'importance de la mère et ce qu'il advient lorsque celle-ci est absente. Ce qui est intéressant ici c'est que ce sont bien ces thèmes-là qui sont centraux et qui permettent d'instaurer la peur, pas les apparitions fantomatiques qui servent d'avantage en tant que support. En effet, on pourrait reprocher au film de ne pas réellement faire monter une quelconque tension horrifique dans ses deux premiers tiers, se concentrant d'avantage sur la relation très réussie entre Yoshimi et Ikuko. C'est pourtant la force de cette relation mère-fille qui fait que le dernier tiers du film fonctionne aussi bien et que la peur est si présente avec si peu de choses à l'écran. Car, comme dans une très large partie du cinéma d'horreur japonais, le réalisateur Hideo Nakata mise tout sur l'inventivité de sa mise en scène pour créer la peur et le film regorge d'idées de réalisation absolument géniales (l'un des exemples les plus pertinent est cette scène de cache-cache à l'école, très simple et pourtant redoutablement efficace grâce à son pouvoir de suggestion). Le fantastique et donc l'horreur surgissent très simplement dans un contexte tout ce qu'il y a de plus quotidien et c'est cet aspect si concret qui rend la chose si terrifiante sans avoir besoin d'une quelconque surenchère à l'écran.
Si l'on arrive à accepter le fait qu'ici l'horreur s’immisce dans le quotidien de façon très progressive, de telle sorte que pendant quasiment les deux premiers tiers il est difficile de se dire que l'on est devant un film d'horreur, et si l'on parvient à s'attacher à la très fusionnelle relation entre Ikuko et sa mère, alors il ne fait aucun doute que Dark Water sera une expérience marquante pour le spectateur, aussi belle que terrifiante.