Il est bon Jacques Audiard, le bien digne fils de papa. Papa c’était les dialogues, quels dialogues ! Fiston lui, tient la caméra, et de fort belle manière. Pourtant, il y a bien un décalage entre les deux, si papa faisait souvent rire, même s’il était souvent grinçant, fiston lui n’invite pas du tout à la gaudriole, ces films auraient même plutôt tendance à jouer les tue-l’amour. Franchement, essayez d’emballer bobonne pour une petite séance de youplaboum après avoir vu De Rouille Et d’Os ! Pourtant des scènes sexuellement explicites, il y en a ! C’est juste qu’elles coupent toute envie.

Ne vous trompez pas, si De Rouille Et d’Os n’est pas la comédie de l’année, il reste un film fort qui remue tripes, intestins, estomac bref, tout ce qui aide la digestion. Le grand mérité de Jacques Audiard restera d’avoir démontré que Marion Cotillard, on n’a pas forcément envie de la gifler et qu’elle peut en plus être convaincante. Ici c’est un minimum, dresseuse au Marineland elle est blessée par ces orques qu’elle aime tant. Elle en perd ses jambes et fini par perdre pied et c’est une Marion Cotillard étonnante qui incarne une femme détruite. Débarque alors Ali, grand enfant irresponsable et paumé qui va, tout naturellement et sans calcul, lui venir en aide, juste parce-qu’il n’a rien d’autre à faire de jour-là.

Comment juger le personnage d’Ali ? C’est peut-être ce qu’il y a de plus complexe dans ce film, il faut le dire : ce mec est un con authentique. Il se fout de tout, à l’air de n’avoir aucun sentiment, fait l’amour par souci d’hygiène, ne fait pas la différence entre le bien et le mal, tape sur son fils et est incapable de s’en occuper. Audiard prend un risque avec lui parce-qu’au bout d’un moment, on en a marre de ce type, de cet abruti congénital qu’on n’aimerait même pas connaitre dans la vie. Jusqu’à ce qu’un drame se joue et fasse d’Ali un homme en quelques heures, lui fasse découvrir les sentiments, l’importance des autres et le monde qui l’entoure. On comprend alors que ce personnage et sa rencontre avec Stéphanie la dresseuse étaient nécessaires, essentiels même.

Audiard filme la douleur des marginaux, de ces personnages qui regardent le monde de l’extérieur avec le sentiment qu’ils n’y ont pas leur place. Il a les qualités des plus grands, celles qui permettent de comprendre ce qu’il y a d’incompréhensible en chacun, Audiard est un vulgarisateur de l’âme humaine. Il surprendra encore, rendra impatients ses fans et probablement marquera son époque comme l’ont fait des Chabrol, Sautet ou encore Tavernier, vive le cinéma français !

PS: Pardon pour le titre j'ai honte...
Jambalaya
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le 10 oct. 2013

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