En regardant les travaux de Park Chan-Wook et ses compatriotes Bong Joon-ho et Na Hong-jin, apparait ce penchant naturel pour la sédition, autant formaliste que narrative. Inutile d'énumérer les exemples précis, vous en trouverez à chaque recoins de leurs carrières respectives. Dans le cas de Decision to Leave comme pour ses prédécesseurs, c'est un challenge que le Park Chan-Wook pose à son audience.


Le synopsis intégré, attentes et idées préconçues échaufaudent la marche d'un thriller vénéneux qu'on imagine déjà largement éventé par notre vécu de spéctateur. Un conseil : rappelez-vous Old Boy ou Mademoiselle. Trente minutes plus tard, le cinéaste culte a éparpillé façon puzzle les évidences. Sans arrogance ni dédain, avec une simplicité qu'il dissimule derrière une pléthore d'idées de mise en scène. Pas de frime ni d'esbroufe, son moyen d'expression visuel est l'extension de ses écrits (il cosigne une fois de plus le scénario). Le language tiens, il ne sera question que de ça dans le film. Ce qui rapproche, ce qui éloigne, ce qui se passe de mots et ce qui échappe au lexique universel.


Rien de théorique, tout est là, à portée des yeux. Mais voit-on tout ce qui est à voir (ou comprendre) à travers l'excellent Park Hae-il ? Avec une Tang Wei ensorceleuse à souhait, on fait bien de se monter la tête puisque le récit n'aura de cesse de nous la retourner. Même un peu trop au cours de son dernier tiers, certains éléments de contexte demeurant légèrement nébuleux. S'il paye son tribut au Vertigo d'Hitchcock, c'est dans un jeu constant de reflets, superpositions, perspectives et déformations. De là naissent les zones troubles, incertaines, risquées et donc envoutantes. N'est-ce pas le terreau idéal pour faire pousser une histoire d'amour?


Entre des mains peu expertes, on se serait probablement retrouvés face à un thriller du samedi soir parfaitement oubliable. Avec un visionnaire accompli tel que Park Chan-Wook, on se retrouve face à quelque chose d'hybride, de sophistiqué mais difficilement compressible à un genre précis. Vraie enquête en spirale ? Fausse romance toxique ? En définitive, chacun aura sa réponse.

ConFuCkamuS
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le 30 juin 2022

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