Bon, j'admets que le film est long, et aussi d'une complexité qui découragera bien des spectateurs habitués au cinéma pré-mâché, vorie pré-digéré auquel les Etats-Uniens, toujours près à se rabaisser au niveau du public le plus primaire, nous ont habitués. Là, avec son Decision to Leave, qui n'est pas loin d'être son meilleur film, Park Chan-Wook nous met au défi d'être suffisamment attentifs pendant deux heures et demie pour ne manquer aucun détail de ce qu'il nous montre, et suffisamment astucieux pour en tirer des conclusions que, grosso modo, il ne tirera pas pour nous. Et, en plus, il rajoute une couche de voies sans issues, de trucs peu plausibles, de voies narratives abandonnées : bref, son scénario est brillant - quelle satisfaction quand on arrive à comprendre ce qui s'est joué, dans ce bras de fer amoureux entre un flic et une criminelle qu'il traque et dont il est inexplicablement amoureux !
Mais Decision to Leave est pétri d'intelligence, au delà de l'histoire qu'il raconte : intelligence d'une mise en scène qui transcende en permanence le scénario, mais qui voit aussi Park Chan-Wook mûrir, et abandonner ses ficelles spectaculaires ; intelligence dans les références subtiles à Hitchcock et son Vertigo, clairement film matrice de Decision to Leave ; intelligence dans la manière dont la subtile incompréhension née de l'utilisation de deux langues par les protagonistes - le coréen et le chinois - nourrit l'ambigüité des situations. Intelligence finalement de nous amener à une conclusion mélodramatique, sublime, où clairement l'Amour importe mille fois plus que l'intelligence, justement.
Un chef d'œuvre, tout simplement. Mais pas un film qui plaira à tout le monde. Tant pis. Tant mieux.
[Critique écrite en 2022]