Deep end n'a rien du bain tiedasse dans lequel on m'aurait plongé à la vue d'un teenage movie honteusement cliché. Tous les ingrédients sont pourtant là. Un ado descolarisé qui n'officie sa main droite qu'au modelage de sa tignasse folle rencontre une post-ado libertine ne semblant point haïr la mèche rebelle et les mirettes azures du jeune homme. Les deux travaillent aux bains publics avec un entrain tout relatif et Susan se prostitue pour arrondir ses fins de mois.

Mais Grâce ! Un Skolimowski est bien plus fin qu'une Azuelos.

D'abord, il ne sert pas son travail en ayant la prétention de vouloir lui donner une quelconque forme de profondeur. Ni philosophie, ni psychologie.L'errance de Mike est motivée par tout ce qu'il y a de plus primaire, on ne cherche pas à se l'expliquer car il serait de toute manière vain de s'aventurer dans l'esprit torturé d'un
ado de 15 ans. L'œuvre est donc imprégnée d'une légèreté ambiante bien que l'atmosphère s'alourdisse parfois au grès des sentiments de Mike. On se laisse donc aller à contempler les âneries et les flâneries de ce londonnien sans même que ne soit abordée une quelconque quête de personnalité.

Dit comme ça, le film ne parait pas avoir d'intérêt. En fait, tout son intérêt repose pour moi dans ce que je viens de dire. L'absence de toute analyse comportementale permet d'apprécier d'une meilleure façon ce qui est le réel objet du film: la potentielle histoire d'amour entre les deux protagonistes.

En effet, l'histoire prend parfois les formes d'une romance plus complexe qu'il n'y parait, certains pourraient même voir un triangle amoureux se dessiner et la double-vie de Louisette ne fait qu'amplifier l'ardeur de la situation.

Si on ajoute le fait indéniable que Skolimowski a le tact suffisant pour ajuster au degré près l'angle de sa caméra et que la musique terrible est parfaitement calibrée afin de réguler la température du bain. Alors on obtient une toile qui comble l'absence de fond par une forme scénaristique et esthétique très réfléchie. Chaque plan constitue un plaisir pour l'œil comme si le réalisateur avait pris un soin tout particulier à composer autour de la couleur d'un mur, d'une chevelure ou d'un imperméable, rouge, rousse ou jaune.

On échappe même au happy end larmoyant avec la chute de la femme véritable et de la femme objet dans une scène on ne peut plus travaillée. De celles qui pourraient rendre jolie la plus terrible des choses.

Le bain était parfait.

Créée

le 12 juil. 2014

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Deleuze

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