Deep Water
4.5
Deep Water

Film de Renny Harlin (2026)

S’il y a bien un genre dans lequel j’aime m’aventurer, c’est celui des films de requins.


La sharkploitation qui a suivi l’énorme succès de Jaws a donné naissance à mille et un navets de la pire espèce, mais aussi à quelques petites pépites proposant une relecture rafraîchissante du genre, comme le brillant (excusez du peu) Deep Blue Sea.


Parce que oui, qu’on l’apprécie ou non, Deep Blue Sea sait très bien ce qu’il fait, ce qu’il est, et n’a absolument rien à prouver. Il est tellement généreux et fun qu’il est, pour moi, indispensable dans toute Blu-raythèque qui se respecte, section requins, entre Jaws, The Shallows, The Reef ou encore la série des 47 Meters Down. Et surtout Uncaged, n’en déplaise à certains.


En 1999, on avait un Renny Harlin au sommet de sa forme. Il venait d’enchaîner les excellents Die Hard 2, Cliffhanger, L’Île aux Pirates et Au Revoir à Jamais. Des films d’action absolument jouissifs, d’une générosité de tous les instants, dont les personnages viraient progressivement au cartoon complètement assumé jusqu’à devenir des œuvres conscientes, munies d’un vrai regard sur le genre et ses excès.


Il suffit de voir le traitement de Samuel L. Jackson dans Au Revoir à Jamais. Le pauvre s’en prend plein la tronche comme dans un Tex Avery jusqu’à devenir une sorte de fontaine de sang sur pattes. De la pure folie.


Et Deep Blue Sea s’inscrit pleinement dans cet ADN de blockbuster conscient. Il se positionne ainsi comme le méta-film ultime du film de requins. C’est du bigger and better à tous les étages, poussant tout ce qui avait été amorcé par Spielberg dans ses derniers retranchements cartoonesques. Jusqu’à répondre de manière absolument hilarante à l’invincibilité quasi surnaturelle de Samuel L. Jackson dans Au Revoir à Jamais, avec l’une des scènes les plus drôles jamais vues dans un film de requins.


On a ici des requins énormes et intelligents, qui nagent à l’envers et sont ultra sadiques. Ce sont pratiquement des personnages de cartoon. Leur sadisme les amène même à exploser un mec agonisant sur une civière contre une vitre, sous les yeux de tous les protagonistes. Ils n’auront également aucune pitié pour les personnages, qu’ils s’amusent à massacrer en déjouant intelligemment tous les poncifs habituels du genre.


Les morts surviennent quand on ne s’y attend pas, et certains arcs narratifs apparemment essentiels sont carrément désamorcés par une mort totalement random. Renny s’amuse comme un petit fou, et c’est communicatif.


Alors là, vous vous dites peut-être :


« Mais putain, c’est quoi cette critique de Deep Blue Sea ? Je voulais lire une critique de Deep Water. »


Oups.


Eh bien, c’est très simple.


Deep Water est une pantalonnade complètement générique signée par un Renny Harlin qui, malheureusement, n’est plus au sommet de sa forme. Ici, le déroulement est ultra balisé. On n’a que des personnages-fonctions au service du scénario. Tout le jeu de massacre est annoncé dès la scène d’exposition. On comprend instantanément ce que le film va faire.


Par exemple, attention petit spoiler : un échange appuyé entre le capitaine et une petite fille au début du film indique déjà clairement que cette relation sera développée et laisse fortement supposer le destin des parents de cette pauvre gamine.


Bref, tout est sur des rails.


Il y a bien quelques scènes vaguement amusantes, mais le ton général du film ne permet jamais vraiment de s’en amuser. On passe constamment d’un film de sharkploitation ultra Z à un nanar qui se prend pour un vrai blockbuster sérieux.


Ce qui est encore plus triste, c’est la tenue visuelle de l’ensemble. Les plans composites sont ultra flagrants. On voit les couches, et cela casse complètement l’immersion.


Alors oui, Deep Blue Sea avait déjà parfois ses limites avec ses CGI de requins, mais il compensait largement avec ses effets pratiques, comme dans la magnifique scène de la cigarette. Ici, tout paraît faux. Aucun requin ne semble tangible. On n’est jamais vraiment avec eux. Les attaques sont souvent filmées à distance, ce qui empêche toute montée de tension. Et pour couronner le tout, les requins n'ont aucune personnalité.


En vérité, je n’ai pas grand-chose à dire sur Deep Water. C’est cliché, oubliable et ultra convenu. Et à ma grande tristesse, cela n’apporte absolument rien au genre.


Même si j’avais un peu perdu Harlin de vue, j’espérais qu’un retour aux sources lui botterait le cul et le motiverait à nous pondre une sorte de suite spirituelle à Deep Blue Sea.


Mais en réalité, on se retrouve avec une sorte de pseudo-remake de No Way Up, un film déjà pas terrible en soi, sauvé de justesse par son concept original. Là où l’on pouvait au moins saluer l’optimisation d’un budget très réduit, il n’y a pas grand-chose à sauver dans ce Deep Water qui a pourtant coûté dix fois plus cher. Je me suis même demandé s’il n’avait pas grillé tout son budget dans la scène du crash, qui constitue sans doute le moment le plus palpitant du film. Et du coup, moins de budget pour les requins ?


Un comble pour un film de requins.  


Allez, paix à l'âme du Renny Harlin des 90s.  


Il me manque.

Roberto_Salvador
3

Créée

le 22 juin 2026

Critique lue 52 fois

Critique lue 52 fois

D'autres avis sur Deep Water

Deep Water

Deep Water

Un film de requin signé Renny Harlin!

Eau profondeUn avion reliant Los Angeles à Shanghai se voit obligé d’atterrir d’urgence en plein milieu de l’océan. Là, parmi les décombres, les survivants vont être confrontés à un banc de requins...

le 3 mai 2026

Deep Water

Deep Water

6

Prince1802

183 critiques

Ben Kingsley a reçu un rappel des impôts ?

Ben Kingsley a commencé son jpb dès l'invention du 7ème art, du coup il a 108 ans et est commandant d'un gros avion qui se casse le pif en plein océan plein de bestioles à ailerons qui veulent...

hier

Deep Water

Deep Water

3

RicowRay

762 critiques

Un requin ! Becky !!!! Un requin ! Un reeeeeequuuiiiiiiinnnn ! Allez crie avec moi.

Peur Bleue est bien trop loin dans ma mémoire pour me permettre de dire si oui ou non, voir Renny Harlin débarquer de nouveau avec un film de requins était une bonne idée. De sa filmographie, il ne...

le 8 juil. 2026

Du même critique

Zero Theorem

Zero Theorem

8

Roberto_Salvador

39 critiques

Youporn, Boulot, Dodo.

Travaillant jour et nuit devant un écran, entre un plat micro-ondé sans saveur et une séance de cybersexe, Qohen (Christoph Waltz) s'éloigne progressivement de lui-même. Dépourvue de sens, sa vie...

le 4 juin 2014

Zack Snyder's Justice League

Zack Snyder's Justice League

4

Roberto_Salvador

39 critiques

Tout ça pour ça.

Et voilà, j’y suis arrivé. Les 4 heures du Snyder Cut sont enfin derrière moi. Alors clairement que le film est un peu mieux que la version précédente mais on va dire que c’était pas bien difficile...

le 19 mars 2021

Interstellar

Interstellar

4

Roberto_Salvador

39 critiques

STAY.

Avant de me lancer dans cette aventure périlleuse qui est de descendre le nouveau "chef d'oeuvre" de Christopher Nolan, je tiens à dire que j'apprécie beaucoup sa filmographie ; ses films, bien que...

le 11 nov. 2014