Peur Bleue est bien trop loin dans ma mémoire pour me permettre de dire si oui ou non, voir Renny Harlin débarquer de nouveau avec un film de requins était une bonne idée. De sa filmographie, il ne me reste finalement qu'un souvenir très net : Au revoir à jamais. C'est peu, mais après le visionnage de Deep Water, je peux au moins affirmer une chose :
un seul comprimé de Renny suffit.
Deep Water ne brille ni par la finesse de son scénario, ni par celle de ses personnages. Tout n'est pas à jeter par-dessus bord, mais dans ces eaux infestées de squales à faire passer Flipper pour un modeste amateur de plongeons, il n'y a malheureusement pas grand-chose à sauver.
Pourtant, le film ne démarre pas si mal.
Une succession d'événements malheureux, quelques réactions en chaîne bien amenées et un crash spectaculaire viennent immédiatement lancer la machine. La catastrophe est efficace, suffisamment impressionnante pour donner envie de voir comment les survivants vont se sortir de cet enfer flottant. Bien sûr, on devine rapidement qui possède un abonnement longue durée au scénario et qui n'a signé que pour quelques scènes supplémentaires.
Le problème, c'est qu'une fois à l'eau, le film se comporte exactement comme ses requins. Il fonce sans réfléchir.
Pour le suspense et la tension, on repassera. Pas d'attente. Pas d'angoisse. Pas de lente montée de pression. Les requins se jettent sur les cadavres ou sur les survivants venus vérifier si l'eau est bonne avec la même frénésie que mon fils lorsqu'il découvre un paquet de biscuits apéritifs oublié sur la table, avec parfois, une approche un peu plus tactique juste pour éviter de se faire engueuler.
Comme le chantaient si élégamment Jacky et Sat :
"Mais faut qu'ça saigne, comme une femme tous les vingt-huit jours."
De la poésie, vous dis-je.
Et puisque le film semble partager cette philosophie, les attaques s'enchaînent sans véritable construction dramatique. On est loin de cette peur primitive qui consiste à savoir qu'un monstre est là, quelque part sous nos pieds. Ici, le monstre surgit toutes les deux minutes pour rappeler qu'il est payé à la scène et montrer que son dentiste a fait un super boulot.
Du côté des personnages, ce n'est guère mieux. L'empathie faisait définitivement partie des premières victimes.
Même ceux qui devraient naturellement susciter un minimum de compassion ne provoquent rien. J'avoue même avoir secrètement espéré qu'un requin règle le problème avant le prochain dialogue ou la prochaine idée débile. Quand ton film d'horreur te pousse à soutenir activement les prédateurs, c'est rarement bon signe sauf si...
Je retiendrai malgré tout un moment plutôt sympathique dans les dernières minutes. Lorsque les secours arrivent enfin sur place et que les plongeurs entrent dans la danse, Deep Water cesse momentanément de prétendre être sérieux. Et là, bizarrement, le film devient plus amusant.
On se dit : "Voilà ! Quitte à n'en avoir rien à foutre de la crédibilité, autant faire dans le grand spectacle et assumer pleinement le délire."
Malheureusement, ce relâchement arrive beaucoup trop tard.
Parce que tout le reste du temps, Deep Water a joué la carte du drame premier degré. Les violons s'emballent, la musique mélodramatique souligne des situations qui ne provoquent aucune émotion et le film semble persuadé d'être beaucoup plus bouleversant qu'il ne l'est réellement.
Et c'est ce qui le condamne à finir dans les tréfonds de l'abime.
Un nanar assumé est souvent plus agréable qu'un film qui ignore complètement ce qu'il est.
Deep Water est l'exemple parfait de ce qui est vieux sans être vintage. Ce n'est pas un retour aux plaisirs coupables des films de requins d'autrefois. C'est simplement une proposition datée, maladroite et rarement inspirée.
Et ça, Ben l'avait vu arrivé. Même Aaron, ce génie incompris qui avant le décollage nous informe que les hippopotames tuent plus que l'avion. Elle était là l'idée : Remplacer les requins par des hippopotames.
Je laisse votre imagination faire le reste... ou l'IA.