Renny Harlin revient… mais le cinéma, lui, semble avoir perdu le nord
Renny Harlin est de retour avec un nouveau film. Et, sur le papier, il y avait de quoi se réjouir. Le réalisateur finlandais n’est certes pas le premier nom qui vient à l’esprit lorsqu’on évoque les grands cinéastes hollywoodiens, mais sa filmographie compte quelques solides réussites : "Au revoir à jamais", "Freddy 4 : Le cauchemar de Freddy", "58 minutes pour vivre" ou encore "Peur bleue". Des films généreux, efficaces, parfois franchement réjouissants, qui témoignent d’un véritable savoir-faire dans le cinéma de genre.
Alors, lorsque l’on découvre au casting Aaron Eckhart et Ben Kingsley, difficile de ne pas se montrer optimiste. On lance le film avec un large sourire, en se disant que Renny Harlin connaît son sujet — après tout, il a déjà signé un excellent film de requins. Mais ce sourire s’efface progressivement, minute après minute.
Le scénario est pourtant simple et prometteur : un avion s’écrase en pleine mer et les survivants doivent lutter pour leur survie, traqués par des requins. Un concept classique, certes, mais qui aurait pu donner lieu à un film tendu, spectaculaire et profondément ludique. Le problème est que rien ne fonctionne véritablement.
Le principal défaut vient sans doute de l’absence totale d’attachement aux personnages. Aucun protagoniste ne parvient réellement à exister. On assiste à leur lutte sans jamais véritablement se soucier de leur sort. Lorsqu’un personnage disparaît, l’émotion est inexistante. Le spectateur reste à distance, indifférent, comme si le film lui-même ne croyait jamais vraiment à ses propres enjeux.
À cela s’ajoutent des effets spéciaux particulièrement décevants et une photographie sans relief. L’ensemble donne parfois l’impression d’un projet qui aurait pu trouver sa place dans les années 1990, à une époque où le cinéma de genre assumait pleinement son côté spectaculaire et parfois excessif. Mais aujourd’hui, le résultat paraît surtout daté, sans parvenir à retrouver le charme des productions de cette époque.
Pire encore, le film se montre par moments totalement absurde. Certaines situations défient toute logique et finissent par sortir le spectateur de l’histoire au lieu de renforcer la tension. Or, même dans un film de survie avec des requins, le public est prêt à accepter beaucoup de choses… à condition que le film lui donne envie d’y croire.
La déception est d’autant plus grande que le potentiel était réel. Avec un réalisateur habitué aux films d’action, un casting composé d’acteurs confirmés et un concept aussi immédiatement lisible, il y avait largement matière à proposer un divertissement efficace. Mais le film ne provoque ni tension, ni émotion, ni véritable plaisir.
Et c’est peut-être là que réside la plus grande frustration : dans le sentiment d’un rendez-vous manqué.
On ne peut alors s’empêcher de se demander ce qui est arrivé au cinéma populaire d’autrefois. Où sont passées l’inspiration et l’ambition qui permettaient à des cinéastes comme Steven Spielberg, Francis Ford Coppola ou James Cameron de transformer de simples concepts en véritables chefs-d’œuvre ? Où est passée cette capacité à raconter une histoire spectaculaire tout en donnant au public des personnages auxquels il pouvait croire et s’attacher ?
Le cinéma n’a évidemment pas cessé de produire de grands films. Mais certaines œuvres, comme celle-ci, donnent malheureusement l’impression que le simple concept suffit désormais à justifier un long-métrage.
Et dans le cas présent, un avion qui s’écrase dans l’océan et des requins qui rôdent ne suffisent malheureusement pas à faire un bon film.