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le 26 avr. 2021
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Soyons honnêtes : personne n’a jamais acheté son billet pour un thriller d’action sud-coréen en se disant : « Chic alors, je vais enfin comprendre la distinction kantienne entre le phénomène et le noumène sous un déluge de douilles de 9 millimètres. »
Pourtant, devant Deliver Us from Evil de Hong Won-Chan, la question s'impose. Alors que In-nam, un tueur à gages au bout du rouleau, tente de sauver sa fille kidnappée à Bangkok pendant que Ray "Le Boucher" le traque avec la grâce d'un camion sans freins, l'évidence saute aux yeux : ce film est la meilleure thèse de philosophie métaphysique écrite depuis la mort d'Arthur Schopenhauer. Avec plus de sang et moins de ponctuation.
La Vengeance comme Conatus aveugle.
Prenez le personnage de Ray. Vêtu de manteaux immaculés au milieu de la moiteur thaïlandaise, il traverse le film pour venger son frère assassiné par In-nam. Mais attention : quand on lui demande pourquoi il continue à massacrer la moitié de l'Asie du Sud-Est alors que le type est déjà en fuite, Ray semble lui-même avoir oublié.
C'est là que Baruch Spinoza dégaine sa plume d’oie. Spinoza appelait cela le conatus : cette puissance par laquelle chaque chose s'efforce de persévérer dans son être. Chez le philosophe hollandais, c'est l'essence de la vie ; chez Hong Won-Chan, c'est un psychopathe en chemise hawaïenne qui découpe des gens au cutter sans se poser de questions existentielles. Ray n'a pas de raison morale de tuer ; il tue parce que c'est sa nature. Il est la preuve vivante qu'on peut appliquer le principe d'équivalence spinoziste tout en portant des lunettes de soleil de créateur.
En face, In-nam rêve du Panama. Ah, le Panama ! Symbole ultime du repos absolu pour tueur mélancolique, avec ses cocotiers et sa retraite bien méritée. Sauf que la réalité lui balance une fille cachée et un réseau de trafic d'organes.
Albert Camus rigole doucement en tirant sur sa cigarette. In-nam est Sisyphe, sauf que son rocher est un conteneur rempli de mercenaires et qu'au lieu de monter une colline, il descend au troisième sous-sol d'un hôpital clandestin. Le film illustre parfaitement l'Absurde camusien : plus In-nam cherche à se racheter pour échapper à sa condition de machine à tuer, plus le monde lui rappelle que la grâce n'existe pas en Corée du Sud sans une explosion de grenade à plâtre.
Il faut imaginer In-nam heureux de prendre un coup de poing américain.
Que serait ce tableau sans Yui, la femme transgenre recrutée malgré elle pour servir de guide dans les bas-fonds de Bangkok ? Là où les deux mâchoires d'acier du film s'entretuent par pur égoïsme existentialiste, Yui agit par pure morale kantienne. Quand elle décide de protéger l'enfant, elle ne le fait ni par intérêt professionnel, ni par désir de vengeance. Elle incarne l'impératif catégorique : « Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle » (et essaie de ne pas abîmer ton mascara au passage).
En somme, Deliver Us from Evil n'est pas un banal divertissement hyper-violent où l'on se colle des pains dans des couloirs trop sombres.
C'est une disputatio scholastique sur le libre arbitre, habillée par des chorégraphies d'action impeccables et éclairée au néon poisseux.
Est-ce que le réalisateur a pensé à Spinoza en réglant les cascades ?
Probablement pas.
Mais après tout, comme le disait très bien Georg Wilhelm Friedrich Hegel avant de mourrir du choléra : « La raison gouverne le monde ».
Même quand ce monde est en Thaïlande et qu'il sent la poudre.
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il y a 6 jours
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le 26 avr. 2021
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