Derrière ses allures de polar, Des feux dans la plaine est avant tout un portrait social d’une région chinoise marquée par la rudesse de son climat et par les blessures d’une désindustrialisation brutale. Les grandes usines ferment, laissant des milliers d’ouvriers à la dérive — un contexte déjà puissamment documenté dans À l’Ouest des rails, le chef-d’œuvre de Wang Bing. Ici, la fiction prend le relais, en racontant cette détresse à travers un récit criminel sombre et désenchanté.
Ce qui marque profondément, c’est la condition des femmes dans cet univers : piégées dans un système patriarcal étouffant, souvent retenues de force ou par dépendance affective sur une terre qui ne leur offre aucun avenir. Leur douleur traverse tout le film, discrète mais poignante. Le personnage interprété par Zhou Dongyu en incarne la quintessence — elle est bouleversante dans ce rôle de jeune femme brisée, enfermée dans un destin auquel elle tente, en vain, d’échapper.
Le scénario, bien que riche en intrigues et en enjeux, semble parfois sacrifié sur l’autel du format : plusieurs ellipses viennent brusquer la narration, comme si le film devait à tout prix tenir dans un cadre de long métrage classique, au détriment de la densité émotionnelle ou de la fluidité du récit. La mise en scène, quant à elle, reste correcte mais discrète, manquant peut-être d’une vision plus affirmée.
Reste une œuvre grave, sensible, inégale par moments, mais portée par une actrice remarquable et par une volonté sincère de mettre en lumière des réalités sociales rarement vues sur nos écrans.