Ca commence comme un film de Raoul Walsh. Une auberge au milieu d'un endroit qu'on pourrait apparenter à un désert quelque part en Arizona, balayée par le vent. Un camion se gare, un homme en descend. Gabin est déjà dans la peau d'un camionneur. Cet acteur avait une incroyable capacité à être crédible dans à peu près tous les rôles qu'il endossait.
Après avoir tourné quelques films inégaux avec Fernandel, le réalisateur Henri Verneuil commence une collaboration avec le grand Jean qui se prolongera jusqu'au célèbre Le Clan Des Siciliens.
Alors que dire de ce film, si ce n'est qu'il est d'emblée, esthétiquement très influencé par le cinéma Hollywoodien. Tant dans sa manière d'appréhender les plans extérieurs que dans l'approche très intrusive de la vie des personnages, filmés au plus près et magnifiés par des effets de style de qualité.
Ca parle du prolétariat et de ses petits, et grands tracas. Gabin y est une nouvelle fois irréprochable dans le rôle de ce machiniste, on pense parfois à son rôle de conducteur de train dans La Bête Humaine de Renoir, même si l'approche de Verneuil est différente de celle de l'auteur de La Grande Illusion, s’attelant plus à suivre un scénario simple qui va à l'essentiel que d'élever son œuvre à un essai esthétisant faisant fi de la narration.
On a souvent reproché à Henri Verneuil de faire un cinéma très (trop) populaire, omettant parfois de mettre en valeur l'approche humaine au détriment de l'action et de la grivoiserie. Il y a pourtant dans ce film les germes d'une œuvre profondément humaine qui aura traversé l'histoire du cinéma français en laissant des films inoubliables qui commirent, ô blasphème,... le crime de plaire à la masse. Par des procédés de mise en scène simples, directs et parfois faciles, son cinéma aura au moins réussit à divertir. Aujourd'hui Un Singe En Hiver ou Le Clan Des Siciliens sont entrés dans la mémoire collective française, quand les essais de Godard ou de Resnais demeurent toujours élitistes et réservés à l'entre-soi cinéphilique.
Avec Des Gens Sans Importance, il filme un drame humain chez les petites gens, loin des fastes grandiloquentes élitistes. Il limite son cinéma à ce concept simple et non simpliste, mais n'omet jamais la profondeur sans presque jamais sombrer dans le pathos et le simplisme.
Se référant à une tradition du cinéma français d'avant-guerre, Duvivier, Carné, Renoir, le film est une remarquable incursion dans le quotidien de la "France du bas", de ses états d'âmes, ses interrogations, ses rêves et aussi son fatalisme et ses illusions.