L’intelligence de The Mauritanian tient essentiellement à l’approche de Mohamedou Ould Slahi comme d’un témoin détenteur d’une vérité humaine, faisant de lui le moyeu autour duquel gravitent les personnages et le film lui-même. Kevin Macdonald commence par opposer deux camps, chacun représentés par une figure tutélaire, pour mieux les faire converger vers la reconnaissance et d’une déshumanisation qui ne cesse de s’étendre dans le temps et d’une violation des droits de l’homme ; surtout, il accorde une place de choix au doute, fondement de la foi : Nancy Hollander défend un client qu’elle croit coupable, le lieutenant Stuart Couch s’efforce de rassembler les preuves conduisant celui-ci à l’exécution capitale.
La trajectoire judiciaire se double aussitôt d’une trajectoire spirituelle : l’emprisonnement de Mohamedou agit tel un accélérateur de particules, que la mise en scène du film adopte en principe esthétique et qui amène les personnages à réviser leur jugement préconçu, à communier avec un être innocent dont le martyre constitue non pas une finalité en soi mais bien un vecteur d’accès à la sagesse et à l’humanité. Le film décline plusieurs religions – l’islam de Mohamedou, le protestantisme de Stuart, l’athéisme de Nancy – pour mieux les confronter au patriotisme américain et révéler les valeurs en partage, les valeurs qu’une idéologie militariste et paranoïaque exploite ou annihile.
Kevin Macdonald s’entoure d’acteurs remarquables et les dirige à la perfection : Tahar Rahim impressionne, Jodie Foster excelle en avocate revêche et déterminée, Benedict Cumberbatch trouve là l’un de ses meilleurs rôles. Une œuvre coup de poing dont la puissance de mise en scène rattrape une clausule lourdingue : les panneaux de texte, les images d’archives et les témoignages écrasent l’émotion tissée, séquence après séquence, par la fiction, comme si le cinéaste perdait soudainement confiance en la puissance de son geste artistique.