Zola auteur de série noire? Cela peut surprendre mais c'est bien en polar que s'est transformée "La bête humaine" dans le film de Fritz Lang.
En réalité, il s'agit moins ici d'une adaptation originale de Zola que le remake du beau film de Jean Renoir. Un remake d'un tout autre esprit, donc. Car, là où Renoir tournait un drame humain populaire et tragique, Lang reproduit une de ces intrigues vénéneuses chères au cinéma de genre américain, avec femme fatale (encore que fatale à elle seule) et manipulations sur fond de jazz et d'existences provinciales.
Dans son genre, le film de Lang est un classique, sobre, concis et efficace. Une réussite pourrait-on dire s'il ne subissait la comparaison avec l'œuvre de Renoir. Les personnages de Lang sont des stéréotypes de la série noire et, en tant que tels, ils sont peu surprenants et reflètent parfois le prosaïsme le moins intéressant du drame sentimental hollywoodien. Ils n'atteignent jamais la sincérité et la profondeur des personnages de Renoir. Ainsi, Glenn Ford, un peu fade dans le rôle de Gabin-Lantier, ne dépasse-t-il pas la simple fonction d'amant manipulé dont on ne perçoit même pas le désir, un comble si on se réfère au titre du film, si ce n'est dans quelques allusions prudemment imagées.
Tel qu'il est abordé, le sujet originel fait figure de drame simpliste, banal peut-être, dont le ton et la situation semblent finalement plus proches du "Facteur sonne toujours deux fois" que de "La bête humaine" façon Renoir. C'est dire aussi si on s'est éloigné ici de Zola.